Domingo Djuri, Dado, Le temps d’Hérouval

L’Eden

Fils de l’artiste Hes­sie et de Domingo Ramírez-Arce, Domingo Djuri fut adopté par Dado en 1962 — il arrive avec sa mère et son frère en France le 14 juillet de la même année. Dès les années 1980, désor­mais éta­bli à Paris, il com­mence à docu­men­ter l’atelier de Dado et l’univers d’Hérouval, où il conti­nue à se rendre régu­liè­re­ment.
Paral­lè­le­ment, il tra­vaille pour des marques de luxe. Il a signé plu­sieurs ouvrages autour de Dado avec l’écrivain Claude Louis-Combet : Dado Buf­fon (1988), Dado. Le sacre du dépo­toir (1996) et Dado, de fer et d’os (2014) et enfin celui-ci pré­facé par sa demi soeur.

En contre­point d’une esthé­tique pic­tu­rale où l’humanité saigne, sans lit­té­ra­ture et sans com­plai­sance, cet ouvrage per­met de suivre les traces de l’artiste dans sa vie quo­ti­dienne, retiré dans sa mai­son d’un hameau de l’Oise.
Loin de l’enfer du monde contem­po­rain, ce lieu fut son Éden disait le peintre en évo­quant les moments heu­reux pas­sés là avec ses enfants. Mal­gré un dénue­ment extrême, le lieu sem­blait enchan­teur et enchanta en le couple d’artistes minu­tieux et vision­naire de Dado et Hes­sie, ainsi que leurs enfants, amis, basse-cour, chats et ani­maux dit sau­vages autour de l’étang.

Par le regard du fils, nous voici au cœur vécu d’une œuvre intime, bou­le­ver­sante et belle. C’est une autre manière d’aborder l’univers du peintre qui affron­tait cou­ra­geu­se­ment l’horreur du monde. Dans sa maison-atelier se retrouve ce que Dado nom­mait son “côté cour des miracle”. Des créa­tures infer­nales prennent vie sur ses toiles, alors qu’une ciga­rette au coin de la bouche du peintre se consume et que les inquié­tantes pou­pées de Hes­sie Dju­ric nous observent.
Dans cet envi­ron­ne­ment la nature régnait en maître, en écho à la fas­ci­na­tion de Dado pour la faune et la flore : “l’étang, la végé­ta­tion – com­po­saient le décor de notre Enfer-Éden, dans lequel art et vie se confon­daient, les fron­tières étant si floues et indis­tinctes, sus­ci­tant par­fois l’effroi chez les âmes un peu trop sen­sibles”, rap­pelle dans sa belle pré­face Ama­rante Szidon.

jean-paul gavard-perret

Domingo Djuri, Dado, Le temps d’Hérouval, L’Atelier Contem­po­rain, Stras­bourg, 17 novembre 2023, 288 p. — 35,00 €.

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