Marc Desgranchamps (exposition)

Marc Des­gran­champs : la figure et ses doubles

Consi­déré à juste titre comme un des repré­sen­tants majeurs du renou­veau de la pein­ture, Marc Des­grand­champs pour­suit à tra­vers la sin­gu­la­rité de sa pein­ture ce qu’il nomme “un tra­vail du doute”. Il le déve­loppe selon deux inter­ro­ga­tions : celle de la figure et celle de la pein­ture qu’il traite selon un écla­te­ment des genres. Ses ambi­tions – jus­ti­fiées – lui ont valu cer­tains « déboires ». Les cri­tiques — qui l’ont d’abord sou­tenu lorsque ses figu­ra­tions res­taient dans un registre « clas­sique »  au dia­pa­son des concepts acquis — ne l’ont plus suivi lorsqu’il s’est aven­turé vers une pein­ture en effa­ce­ment cer­tai­ne­ment plus dérou­tante car déga­gée des lois de la gra­vi­ta­tion du corps et de l’esprit.
Marc Des­grand­champs affec­tionne les figures lon­gi­lignes per­dues dans divers types de sur­ex­po­si­tion. Repre­nant une pro­blé­ma­tique figu­rale chère à un Denis Roche, il passe du cli­ché à la pein­ture par tout un sys­tème de mon­tages dans laquelle la femme — gra­cile le plus sou­vent — garde une impor­tance capi­tale. Elle donne l’échelle et la struc­ture à des visions très per­son­nelles dont l’évidence spec­ta­cu­laire est sans cesse dif­fé­rée. Par déca­lages, atté­nua­tions selon une réduc­tion de la lumière selon divers effets. Par la sur­im­pres­sion, figures et pay­sages se confondent. Par divers mou­ve­ment de cou­lures de la matière pic­tu­rale, une sur­face “de doute” (nous y revien­drons) s’installe.

On consi­dère cepen­dant trop sa pein­ture comme le témoi­gnage d’une éva­nes­cence dont le charme serait quelque peu prous­tien.… Ce mal­en­tendu pro­vient de la trans­lu­ci­dité que donnent ses sur­im­pres­sions ou ses jeux de cou­leurs à base de bleus, de verts et de jaunes. Ce ne sont jamais des cou­leurs faciles – en par­ti­cu­lier lorsque la pein­ture quitte la simple repré­sen­ta­tion pour se rap­pro­cher d’une abra­sion abs­trac­tive. Mais c’est une manière par­ti­cu­lière de mettre le réel sous la pro­tec­tion de l’indicible.
L’artiste se prête à la confu­sion lorsqu’il affirme créer « avec des bribes de mémoire, à par­tir d’évènements for­tuits, des situa­tions indé­ter­mi­nées que je consi­dère comme des non-lieux ». Cela est vrai mais il ne faut pour­tant pas dépla­cer l’artiste vers des paren­tés dis­cu­tables. D’une part, ses col­lages de « pièces à convic­tion » n’ont rien de sur­réa­listes. D’autre part, les pans faus­se­ment ternes de ses grandes toiles abs­trac­tives s’éloignent d’une pure mélan­co­lie. S’il y a là des pro­cé­dures d’effacements, il existe tout autant des for­mules alchi­miques de résur­gences qui sou­dain figurent au « tableau du réel » dont par­lait Nietzsche.

La flo­con­neuse den­sité d’étranges lacis enche­vêtre ici les plai­sirs. Ne par­lons plus d’homme, de femme, de vamp, de sainte ou de monstre. Même la lubri­cité de ses “pin-up” ciné­ma­to­gra­phiques appar­tient à l’ordre du conte pas for­cé­ment hol­ly­woo­dien. A tra­vers la nuée sur­git par exemple l’absente absinthe, par­tielle mais mul­ti­pliée. Il faut donc tou­jours regar­der lon­gue­ment les pièces de l’artiste en oubliant tout ce que l’on croit savoir à leur sujet. Et il suf­fit de se lais­ser prendre par leurs effluves et leurs traces. Tou­te­fois, un tel aban­don « demande un cou­rage » dit l’artiste conscient de l’effort qu’il demande. Mais il le reven­dique autant pour celui qui regarde que pour lui. Cela sert à pré­ci­ser jusqu’aux traits de sa propre incer­ti­tude à notre égard.

Lire notre entre­tien avec lepeintre Marc Desgranchamps

jean-paul gavard-perret

Marc Des­gran­champs, Fon­da­tion Salo­mon, art contem­po­rain, Alex (74), du 4 mai au 29 sep­tembre 2013.

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