Michael Moore, Dégraissez-moi ça ! Petite balade dans le cauchemar américain
Voici, par un maître agitateur, une sorte de guide pratique des pensées et actions subversives made in USA…
Voulez-vous devenir un parfait disciple de Michael Moore ? Voici, par un maître agitateur, une sorte de guide pratique des pensées et actions subversives made in USA. Enoncées avec un humour décapant, elles sont à appliquer partout où règne un capitalisme abusif. Vous les Français, ouvrez les yeux, nous dit-il, le virus de destruction du Rêve américain par les politiques et les grandes entreprises vous a contaminés. Il faut bien admettre que l’énoncé des faits ne nous évoque rien que de très familier.
Avec 60% d’abstention en 1994, plus de cent millions d’Américains expriment un ras-le-bol devant la politique et l’incapacité du vote à changer leur vie quotidienne, dans ce pays où 40% de la richesse appartient à 1% de la population. Ceux qui votent le font, comme beaucoup d’entre nous, en choisissant le moindre mal. Ce mal c’est d’abord la situation de l’emploi et de l’économie. Avec son petit manuel du savoir-licencier, plus vrai que nature, Michael Moore démasque impitoyablement la mécanique des licenciements abusifs. Mais M.M va plus loin, et dénonce ce que le chômage développe dans les quartiers pauvres des villes américaines : un tiers-monde pire qu’en Afrique où la mortalité infantile, les épidémies, l’alcoolisme, l’absence d’hygiène battent tous les records.
Vous bossez dur, votre entreprise prospère, et vous perdez votre boulot ! Exemple de Flint – ville natale de Mike – et de son basculement dans la misère. Noms des personnalités – Nixon et Reagan entre autres – , montants des sommes faramineuses sucées à l’Etat-providence par le grand capitalisme « assisté », apartheid de fait… autant de calamités écrites en toutes lettres, énoncées dans le détail au point qu’on se demande comment Michael Moore fait pour être toujours en vie, avec le nombre de ses ennemis sans cesse croissant et la propension américaine à manier gâchette !! Car contre l’injustice cet homme ne cesse d’aller au charbon, avec ses armes favorites : les formules choc, les questions qui tuent, et les raisonnements poussés jusqu’à l’absurde. Ainsi devant le constat d’apartheid, il sollicite pour l’Amérique l’aide de Mandela. Devant l’ennui général généré par la politique, il propose des méthodes inédites pour choisir un président. Devant l’immigration clandestine, il donne une liste de trucs pour s’incruster aux USA. Il tourne en ridicule ses adversaires anti-avortement, complétant leur Laissez-les vivre par un sauvez les spermatozoïdes. Il énumère enfin les dix façons de dégraisser les patrons, exercice pratique à l’usage de ceux qui en ont marre de vivre dans la crainte constante d’être viré avant l’heure du déjeuner !
Ecrit en 1996 sous le mandat de Clinton, ce livre a fait l’objet d’une campagne promotionnelle à travers les Etats-Unis dont Michael Moore a tiré son film documentaire The Big One. Ses conseils de passage à l’action, toujours d’actualité, revigorent et réjouissent. Ils sont un encouragement contre l’immobilisme si cher aux institutions françaises, et contre l’iniquité des patrons. Mais de là à les appliquer… ? On préférera sans doute l’efficacité et la vérité des films de Michael Moore aux hénaurmes blagues de sa prose. Mais anyway, Michael Moore, on l’aime, et c’est for ever.
colette d’orgeval
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Michael Moore, Dégraissez-moi ça ! Petite balade dans le cauchemar américain (traduit par Marc Saint-Upéry), 10/18 « fait et cause », 2004, 218p. – 6,90 €. Édition grand format : La Découverte collection « cahiers libres », 2004, 211 p. – 15 €. |
