Charles Mottais & Gaston Navarre, Non-Lieux de la Mort ?

Charles Mottais & Gaston Navarre, Non-Lieux de la Mort ?

Longue vie à la mort

Non-lieux de la mort ?  est une question qui ne manque pas de points de vue – et d’angles morts s’il en est – géolocalisables dans l’espace-temps des mémoires d’homme, et juridiques puisque la mort semble désormais assignée en procès. Où en est-on donc de la mort ? Et mort où est ta victoire ? Comme on dit « Esprit, es-tu là ? » ou « Corps augmenté, jusqu’où iras-tu ? ».
Ici, pas de tranche de mort historique, philosophique, scientifique ou autres comme on parle de tranche de vie. Mais un état des lieux ambitieux et documenté qui s’impose, au moins par le détail distinctif…
Cet essai tissé à plusieurs mains dans le fil et la trame des genres littéraires sera donc dans un premier temps un passage en revue sélectif et allègre de quelques lieux et langages communs de la mort.

Tout passe ? Alors tout peut bien y passer en musant, en s’amusant dans une découverte de cabinet de curiosités où en apprendre encore de belles : salon d’attente où l’on « en » cause ; bons billets de cimetières si célèbres qu’on croyait connus ; arts majeurs grappillés en quelques lettres, chiffres , musiques , jusqu’au septième ciel à l’écran ; questions ou pensum scolaires sur le savoir funéraire ; lancement d’un éco-cimetière connecté pour demain; bons mots si possible de circonstance funeste et faire-part imaginaires…
Il est permis de rire, nul n’en mourra. Mais qui aura donc le dernier mot dans cette ronde de textes macabres ?

C’est que la vraie question de départ reste obtusément : et après ? et après tout ? Et là, pour revenir les pieds sur terre, il y a bien lieu de convoquer la fiction philosophique ou onirique : religions et doctrines ont leur hauts-lieux ou bas étages, c’est selon, et l’obsession du futur post-mortem peut s’imaginer dans un recyclage fabuleux de disputes ou visions en se moquant des siècles. Y ressurgiront en clin d’oeil mythes ou réalités d’Alexandrie, Genève, lieux-dits paradisiaques, purgatoires ou infernaux, œuvres plastiques édifiantes ou littéraires prémonitoires.
La mort de Dieu selon Nietzsche et la perspective actuelle d’un au-delà de l’humain tiennent une place somme toute raisonnable dans le panorama des mises en scènes vivantes proposées, utopiques ou hétérotopiques, et sans mauvais procès de « filousophie »!

Toutes ces orientations ou désorientations, à travers le temps, des approches de l’accident mortel donneraient le vertige… ce qui n’est rien si la question circonstancielle du non-lieu n’était menacée au fond d’une confusion première : et si la question n’avait pas lieu d’être…
Et si  la vie et la mort, bien avant le numérique qui pourrait, paraît-il, aider à prolonger le vivant au-delà de la science-fiction, celle d’Eros et Thanatos, du haut et du bas, de l’avant et de l’après, de l’arbre enraciné de la connaissance supérieure, de l’indétermination quantique découverte par la science, avaient partie liée pour toujours, ne se perdaient jamais corps et âme, comme on l’a dit poétiquement étaient une même flamme ?

La mort, illusion des sens ou de langage ? Longue vie à la mort, il faut choisir les deux de son vivant ! Et pour finir sinon en finir, dans la perspective renouvelée d’une communauté des morts et des vivants, un bouquet funéraire est proposé : une inédite déclaration universelle des droits des morts, avant un quizz qui frise l’aporie.
Pour mémoire, un cortège de morts ou vivants est présenté en guise de remerciements. Quant au palimpseste et à la page blanche des non-lieux ouverts au lecteur, ils n’en diront jamais assez long… Ecrivons donc, il en restera toujours quelque chose.

pablo de jarossay

Charles Mottais & Gaston Navarre, Non-Lieux de la Mort ?, Spinelle, 2020, 426 P. – 18,00 €.

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