Jean-Pierre Pécau, Léo Pilipovic & Lajos Farkas, Le Dernier dragon – t.01 : “L’œuf de jade” & t.02 : “Les cryptes de Dendérah”

Un conte fan­tas­tique dans les croisades 

Et si des dra­gons avaient vécu au temps des croi­sades, inter­roge le scé­na­riste ? Il expose, alors, son point de vue sur la situa­tion qui en décou­le­rait, son évo­lu­tion, les consé­quences induites par la pré­sence de tels animaux.

En 1499, dans le désert ara­bique, Dun­can et Jacopo arrivent dans la mythique val­lée des dra­gons, le lieu où les femelles viennent pondre. Avec un œuf cha­cun, ils ont for­tune faite car ils contiennent plu­sieurs dizaines d’embryons. Mais, parce qu’ils vont man­quer d’eau pour le retour, Dun­can l’Écossais assas­sine son com­père, cache son œuf et part.
Les dra­gons portent en eux la dra­go­nite, une pierre pré­cieuse aux pou­voirs fan­tas­tiques. La chasse fait dimi­nuer leur nombre de façon dra­ma­tique. Une rumeur qui parle d’un œuf de dra­gon rap­porté à Antioche alerte l’Ordre des dra­gons qui dépêche Umas, sa meilleure dra­gon­nière, pour le récu­pé­rer par tous les moyens. En Avi­gnon, le pape, ayant aussi eu vent de cette nou­velle, lance une équipe de mer­ce­naires pour se l’approprier.

Le deuxième tome s’ouvre sur un Léo­nard de Vinci qui, avec un élève, ras­semble en un codex toutes les infor­ma­tions sur les dra­gons, une com­mande de César Bor­gia. Alors que Vinci s’en va après lui avoir pré­senté ses tra­vaux, le Prince se met à étouf­fer, empoi­sonné par le vin qu’il buvait. Léo­nard, avec un peu de dra­go­nite, lui sauve la vie.
Stali, une dra­gon­nière qui, en Bour­gogne, a perdu son ani­mal, a été ban­nie de l’’Ordre. Elle vient aux Cinq Terres pour apprendre. Umas, entre-temps, est arri­vée à Acre où les res­pon­sables locales sont atter­rées. Les Maures ont repris leurs attaques et dis­posent de… dragons !

D’après le livre de l’Ordre, les dra­gons exis­taient avant les humains. Un des leurs gar­dait la porte de l’Eden où s’ébattaient Adam et Ève. Lorsqu’ils furent chas­sés, devant le désar­roi de la femme, l’ange Drac lui vint en aide. Ils ont conclu un pacte qui donne aux seules filles d’Ève, qui gar­de­raient leur vir­gi­nité, la pos­si­bi­lité de les mon­ter pour défendre la paix et l’ordre du monde.
Avec quelques arran­ge­ments his­to­riques pour évi­ter des troubles dans l’intervention de per­son­nages authen­tiques, Jean-Pierre Pécau décale les croi­sades. Les his­to­riens s’accordent à en rete­nir neuf, la der­nière se ter­mi­nant en 1272, peu avant la prise de Saint-Jean d’Acre en 1291 par les Mame­louks.
Mais ces ajus­te­ments n’enlèvent rien à la qua­lité du récit qui, compte-tenu de son contenu, est mené avec une élé­gante cohé­rence et une belle vita­lité. Le scé­na­riste calque sur le monde médi­ter­ra­néen une civi­li­sa­tion orga­ni­sée et contrô­lée par un Ordre qui dis­pose d’une arme redou­table pour convaincre. Il mul­ti­plie les dif­fi­cul­tés pour ses héroïnes, intro­dui­sant des ban­nies qui veulent prendre leur revanche. Il met en scène un Bor­gia tel qu’on peut l’imaginer dans un cadre de licence his­to­ri­que­ment prouvé.

Avec ce récit tonique, Léo Pili­po­vic tire des planches superbes au des­sin réa­liste, dyna­mique et d’une belle tenue. L’animation de scènes de batailles tumul­tueuses, de com­bats entre dra­gons qui s’inspirent des com­bats aériens modernes, donne des planches très agréables à regar­der. Les décors jouent un rôle impor­tant dans la qua­lité des vignettes, les per­son­nages étant à l’avenant, affi­chant une belle expres­si­vité.
Le deuxième tome voit le des­sin se par­ta­ger entre Léo Pili­po­vic et Lajos Far­kas alors que la mise en cou­leurs de l’ensemble est signée de Thorn.

Le récit doit se ter­mi­ner dans un troi­sième tome à paraître au pre­mier semestre 2020. Sans nul doute que ce der­nier volet sera à la hau­teur des deux pre­miers pour consti­tuer une série attrac­tive tant par le scé­na­rio que graphiquement.

serge per­raud

Jean-Pierre Pécau (scé­na­rio), Léo Pili­po­vic (des­sin) & Lajos Far­kas (des­sin), Thorn (Cou­leur), Le Der­nier dra­gon – t.01 : L’œuf de jade & t.02  : Les cryptes de Den­dé­rah, Del­court, coll. “Terres de légendes”, jan­vier et sep­tembre 2019, 64 et 56 p. – 15,50 et 14,95 €.

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