Donna Leon, De sang et d’ébène / Gilda Piersanti, Jaune Caravage

Donna Leon, De sang et d’ébène / Gilda Piersanti, Jaune Caravage

De Venise à Rome, les polices et les affaires ne se ressemblent pas…

De sang et d’ébène, de Donna Leon, et Jaune Caravage, de Gilda Piersanti, sont deux polars italiens sans vraiment l’être. Car si Donna Leon est américaine et écrit en langue anglaise, cela fait plus de vingt ans qu’elle vit à Venise où elle plante le décor de ses romans, et si Gilda Piersanti est italienne, elle écrit en français – mais les actions de ses polars se déroulent à Rome où elle a grandi.

Donna Leon, De sang et d’ébène

Un vu comprà, un vendeur africain à la sauvette, est assassiné par deux tueurs professionnels dans les rues de Venise. Le commissaire Guido Brunetti, dépêché sur les lieux, enquête, intrigué. Il ne peut s’agir d’un règlement de comptes car le meurtre a été froidement prémédité. Brunetti s’immerge alors dans le monde des immigrants sans papiers, monde qu’il ne connaît pas. Ces vu comprà font partie du paysage de Venise. On les voit sans les voir, ils habitent des logements insalubres et vivent reclus. Dans une chambre sous une soupente, sous un lit, Brunetti découvre des diamants bruts enfouis dans du sel. L’affaire prend alors une autre dimension. Et ce d’autant plus que son supérieur insiste pour qu’il lâche l’affaire. Le ministère de l’Intérieur est sur le coup. Les ordinateurs du commissariat sont visités par le ministère des Affaires étrangères. Alors se pose la question de savoir pourquoi deux ministères sont en même temps sur une même affaire ? Guido Brunetti demande conseil à son beau-père car il pressent le pire.

Dans cet épisode, les rues de Venise sont couvertes de sang et l’opprobre s’abat sur le gouvernement italien. La pluie, omniprésente, ne lavera pas ces traces qui tachent également des pierres précieuses et l’âme romantique d’un commissaire intelligent mais désabusé. Une trame singulière pour un roman merveilleusement bien stylisé et ciselé, réalisé par une des dames du roman noir américain confirmée, qui signe ici son quinzième ouvrage. Donna Leon a maintenant un univers bien à elle qu’elle peaufine au gré des aventures de son commissaire fétiche, amoureux de Venise, de la nourriture et du vin, profondément humaniste, qui s’attache à découvrir une vérité qui ne pourra pas s’étaler au grand jour. Une vérité qui, donc, ne servira strictement à rien, si ce n’est à tuer les dernières illusions d’un homme attachant. 
 

Gilda Piersanti, Jaune Caravage
Eva l’avait sortie de l’ombre en la désignant du doigt comme le Christ de Caravage sort Matthieu de son tripot obscur et l’inonde de lumière jaune. Jaune Caravage.

À Rome, pendant la Nuit Blanche, sur les bords du Tibre, Eva a la carotide tranchée. Retrouvée énucléée par le chien d’un septuagénaire, la jeune fille de 17 ans se révèle être une véritable énigme pour l’inspecteur Mariella De Luca et son équipière Silvia Di Santo. Eva était une très belle adolescente qui captivait les élèves de sa classe. Elle avait jeté son dévolu sur la meilleure élève, Leonora, faisant d’elle une véritable amie complice. Pourtant, Eva couchait avec Boris, l’amant de sa mère. Elle avait poussé ce même Boris dans les bras de la vierge Leonora. Quant à elle, elle se réfugiait dans la drogue, l’alcool et l’ivresse de sa Vespa rouge pour fuir ses rêves de top-model à la Kate Moss. Un pendentif représentant un corbeau avec l’inscription Nevermore est une des clés du mystère. Pour les autres, il faut chercher dans les petites histoires de deux familles aux nombreux drames cachés.

Gilda Piersanti nous plonge dans un drame italien aux multiples ramifications. Mariella De Luca, de la police criminelle de Rome, n’est pas à l’abri des dérives sentimentales alors qu’elle tente de dénouer une intrigue adolescente tout droit tirée d’une tragédie grecque. Jaune Caravage, qui clôt le premier cycle des « Saisons meurtrières », est un roman d’atmosphère, intelligent et saupoudré de culture, empreint d’une douce mélancolie qui nous accompagne encore longtemps après l’avoir refermé.

julien vedrenne

   
 

-  Donna Leon, De sang et d’ébène (traduit de l’anglais – États-Unis par William Olivier Desmond), Calmann-Lévy coll. « Suspense », mars 2008, 312 p. – 20,90 €.
-  Gilda Piersanti, Jaune Caravage, Le Passage coll. « Polar », mars 2008, 208 p. – 17,00 €.

Laisser un commentaire