Philip Le Roy, La dernière Arme
L’ex-profileur Nathan Love reprend du service pour tenter d’éclaircir de nombreuses disparitions de femmes belles et brillantes.
– Leur fréquence augmente, dit Nathan.
Sylvie mit ses lunettes, ouvrit le dossier et confirma :
– Annabelle le 2 mars à Paris, Galan le 8 mars à Washington, Suyani le 14 mars à Tokyo, Nicole le 26 mars à Fontainebleau, Serana le 29 mars au Caire, Aliana le 30 mars à New York. Soit treize jours pour les trois premiers enlèvements et cinq jours pour les trois suivants.
Voilà, en substance, le dialogue ahurissant que se livrent Sylvie Bautsch, une profileuse belge, et Nathan Love, un enquêteur atypique que Sylvie a été rechercher en Australie où il s’était exilé après une série d’événements qui l’avaient éloigné de tout ce qui est matériel. L’enquête n’avance pas, les rapts tous aussi inexplicables les uns que les autres s’enchaÏnent. Et les victimes ne sont pas n’importe qui. Toutes des jeunes femmes très belles et très douées, sorties des meilleures écoles du monde entier. Elles ont aussi quelques autres points communs. Aucune attache personnelle, toutes semblent, cependant, entretenir une liaison avec des hommes importants dans leur domaine. Et ces hommes rendaient le monde meilleur, même s’ils appartenaient à la pègre. S’il n’y avait pas Nicole dans cette histoire, ces femmes auraient un autre point commun : la syllabe « an » dans leur prénom.
Pour Nathan Love, l’histoire ne cesse de se compliquer. Le FBI ne tient plus à résoudre l’enquête et il se retrouve paria dans tous les pays qu’il traverse. Et pour venir à bout cet obscur micmac, Nathan va en traverser des pays. Venu d’Australie, il aura l’Italie, la France, le Japon, l’Éthiopie, l’Inde, les États-Unis et l’Albanie au programme. Il va lui falloir revenir sur ses planques afin de récupérer des fonds pour affronter de vieux démons. La femme qu’il aime a disparu. Terrée en Sicile, elle a été retrouvée avec sa petite fille par les hommes de son ancien amant, un mafieux de première. Et ce dernier, cloué sur un fauteuil roulant par sa faute, les a vendues toutes les deux à un réseau de prostitution. L’histoire, de noire et mystérieuse, vire au sordide et au sanglant. Car Nathan se lance alors dans une croisade où la pitié n’existe pas.
Après Le Dernier Testament, voici donc le second volet des aventures de l’ex-profileur Nathan Love, qui confirme Philip Le Roy comme un des nouveaux maîtres français du thriller. L’énigme est très bien ficelée. Elle rebondit sans cesse tout au long de ces deux cents courts chapitres pour un roman de six cents pages. Si l’auteur se perd un peu, parfois, dans des conjectures pseudo-philosophiques un tantinet exaspérantes, il redevient d’une efficacité crasse quand Nathan se mue en super héros que l’on a énervé. Le style est sobre et rend parfaitement crédible le monde irréel du récit – hélas pourrait-on dire tant il est sordide. Toute cette histoire abracadabrante de vaste complot contré par une non moins vaste coalition nous paraît plus que probable. La noirceur de l’âme humaine et la vision du monde à venir qu’expose Philip Le Roy dans ce roman font de celui-ci une réussite, qui de plus mêle habilement anticipation proche et aventure, même si l’issue, qu’une vaine utopie ne pourra en rien changer, est diablement prévisible. Les amateurs du genre ne pourront pas lâcher ce livre. Attention, cependant, l’abus d’hémoglobine est dangereux pour la santé.
julien védrenne
Philip Le Roy, La dernière Arme, Au Diable Vauvert, février 2007, 604 p. – 23,00 €.