Ayerdhal, Demain, une oasis
Un médecin est enlevé pour intégrer de force un camp de réfugiés dans le désert africain. Au début, il n’a qu’un seul rêve : s’enfuir.
Au départ, il y a un homme qui travaille à Genève, antre de la technocratie, en qualité de médecin pour un vaste programme aux apparences humanitaires. Cet homme, peu focalisé sur les questions existentielles, est kidnappé puis exilé quelque part dans le désert africain. Là, outre l’horreur et le désespoir, il découvre une bande d’illuminés fanatiques et humanistes. Sous la gouverne de Dziiya, Marité aux allures de bonne sœur se charge de faire régner l’ordre. Marité est le prédateur du groupe, la tueuse, celle qui pourchasse les fuyards. Aussitôt arrivé, l’homme acquiert une identité. Il devient l’Interne, et il va devoir se mettre au service de la communauté. Parce que l’humanitaire est affaire de terrain, et ça ne se résout donc pas à Genève. Mais l’Interne est obtus. Il s’enfuit et réussit tant bien que mal à rejoindre la ville suisse. À partir de cet instant, s’il était encore possible, sa vie bascule à nouveau. Il y a les services secrets européens qui le surveillent et Marité qui refait surface. L’Interne est intègre mais compliqué. Le combat vain contre maladies et malnutrition lui semble finalement la seule voie à suivre contre la vaste farce organisée par les pays du Nord à l’encontre du Sud.
Les rapports entre les « sauveurs » de l’Afrique sont très ambigus. L’Interne hésite entre amour et haine. Marité, d’abord, Dziiya, ensuite. Surtout, l’Interne est un homme de parole(s). Il fait ce qu’il dit, et il parle beaucoup, beaucoup. Surtout quand on ne lui demande rien. Sa spécialité ? Sarcasme et causticité alliés à un zeste d’impertinence qui attirent les coups et attisent les tortures morales et physiques. Là, l’Interne se transforme malgré lui en héros romanesque – il se trouvera pourtant une mauvaise langue pour dire que Dziiya et ses comparses ont réussi ce qu’ils avaient prévu : le dompter. L’avantage de l’Interne est qu’il semble vivre en parfaite harmonie avec la peur.
Demain, une oasis a reçu le prix de l’Imaginaire, une récompense dont Ayerdhal est coutumier : Transparences l’avait déjà obtenu. Ici, on est dans l’anticipation proche, et Ayerdhal veut alerter sur les risques actuels de dérives tels qu’il les percevait en 1992, quand ce roman a été publié pour la première fois. L’Interne s’affiche comme un antihéros. Il oppose sa raison à l’utopie idiote de Dziiya pour, en définitive, épouser sa cause. Sa rédemption est à ce prix. Mais si l’Interne se veut intègre, c’est aussi en représailles des rouages grippés auxquels il est en butte et du harcèlement dont il est victime de la part de barbouzes.
Dans un monde aseptisé, uniforme et déséquilibré, la révolte est la seule attitude qui permet de se distinguer et, surtout, d’avoir un but. Si les méchants deviennent très méchants, s’ajoute alors la vengeance.
julien védrenne
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Ayerdhal, Demain, une oasis, Au diable vauvert, septembre 2006, 245 p. – 17,50 €. |
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