Dale Furutani, Menaces sur le shogun

Dale Furutani, Menaces sur le shogun

Ultime aventure du ronin Matsuyama Kase dans le Japon féodal. Trouvera-t-il le repos éternel ?

Avec Menaces sur le shogun se clôt la trilogie que Dale Furutani a élaborée autour du ronin Matsuyama Kaze. Celui-ci nous avait subjugués par son humanisme et sa causticité alors qu’il partait à la recherche de la fille de sa maîtresse, vouée à la prostitution suite à la destruction de son clan par le puissant mais cruel seigneur Okubo. Ce dernier avait su choisir de s’allier à celui qui allait devenir le nouveau shogun, Tokugawa Ieyasu. Dans une Edo en reconstruction, alors que le shogun, entouré de ses conseillers, visite les futures fortifications, un tir de mousquet atteint mortellement un membre de son entourage. Le coup n’est pas passé loin. Le nom de Matsuyama Kaze circule comme celui de l’assassin. Justement le ronin se trouve en ville. Ses pérégrinations l’y ont amené pour observer la « Petite fleur », une maison de passe qui utilise des enfants et dans laquelle, il en est sûr, est emprisonnée celle qu’il recherche, Kiku-shan.

Dans Edo, les alliés se font rares mais Kaze pourra compter sur deux idiots de paysans ainsi que sur un yoyimbo – garde du corps – imposant, le futur chef Nabu. L’étau se resserre autour du ronin. Les meurtres dont on l’accuse se multiplient. Seul le shogun semble le croire innocent. Pourtant, Matsuyama Kaze, par l’excellence de ses talents et sa loyauté indéfectible, est en tête de sa liste noire – la liste de ceux qui doivent être exécutés. Mais un véritable samouraï utilise son katana et non un vulgaire mousquet, arme apportée par ces barbares venus de l’Ouest. Et surtout, pourquoi assassiner toute la famille ainsi que les apprentis de celui qui a confectionné la seule arme capable d’abattre une cible à si longue distance ? Matsuyama, alors qu’il sent la fin de sa mission arriver, doit disparaître pour échapper aux troupes impériales qui le recherchent activement et fouillent chaque maison une par une. Il doit également accepter de se déguiser en femme et monter sur les planches d’un théâtre de plus en plus désaffecté par les visiteurs. Et surtout il doit combattre des ninjas qui ont été mandatés par un membre de l’entourage du shogun pour le tuer. Pendant ce temps, le corps de la pauvre Kiku-shan est souillé à jamais par la perversité d’odieux notables japonais.

Menaces sur le shogun, comme les autres volets de la trilogie, emmène les lecteurs dans le Japon féodal du XVIe siècle – pour leur plus grande délectation. L’intrigue est là pour tenir en haleine, même si l’accomplissement de la destinée de ce ronin atypique demuere prévisible. Le but premier est de se plonger dans les coutumes d’un pays et d’en comprendre la philosophie. Ainsi on apprend que l’art du samouraï n’est pas uniquement focalisé sur la maîtrise du maniement du katana ou du wakizachi. Un samouraï connaît aussi les arts. Tous les arts, avec une primauté accordée à la danse et à la poésie. Le samouraï méprise l’argent, les fameux kokus (le koku est une mesure de capacité valant environ 180,3 litres de riz, quantité estimée suffisante pour nourrir un paysan pendant une annnée) et se contente de cadeaux pour avoir un nouveau sabre, un nouveau kimono. Le ronin, samouraï sans maître, est dans une mauvaise position. Non seulement parce qu’il devient une espèce de hors-la-loi que tout le monde rêve de défier, mais aussi parce qu’il a été obligé d’abandonner son foyer et la femme qui le dirigeait. Dale Furutani a l’art de nous plonger dans cet univers avec un didactisme subtil ; de livre en livre notre savoir s’accroît, et parvenus à la fin du troisième volet, nous sommes parfaitement acclimatés à ce Japon féodal. Mais Menaces sur le shogun est malheureusement la fin de cette trilogie à laquelle nous nous étions si bien habitués. C’est maintenant un grand vide… Exit Matsuyama Kaze.

Enquêtes au cœur du Japon féodal :

1 –
La Promesse du samouraï
2 – Vengeance au palais de Jade
3 – Menaces sur le shogun

julien védrenne

     
 

Dale Furutani, Menaces sur le shogun (traduit par Katia Holmes), 10-18 coll. « Grands détectives » (n° 3895), avril 2006, 254 p. – 7,80 €.

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