Donald Westlake, Les Sentiers du désastre, Dégâts des eaux, Pourquoi moi ?
3 romans de Westlake mettant en scène son cambrioleur malchanceux, John Archibald Dortmunder, parfaits pour se changer les idées.
En mars, les éditions Rivages se sont placées sous le signe de Donald Westlake. La sortie du dernier Dortmunder, Les Sentiers du désastre, en grand format s’est accompagnée des parutions au format poche de deux anciennetés dont une, antédiluvienne, Pourquoi moi ? Quand il met en scène son personnage John Archibald Dortmunder, avec le second prénom en italique car seuls les flics l’utilisent alors que ce roi du perçage de coffres-forts ne l’aime pas, Donald Westlake est inénarrable. Ouvrir Dégâts des eaux ou l’un des deux autres titres revient au même. On s’évade vers un monde ubuesque et on sait parfaitement que les zygomatiques vont être sollicités avec une seule pensée récurrente à chaque chapitre : jusqu’où va aller Donald Westlake ? Et force est de constater que l’on se trompe sans cesse. Donald Westlake ne va pas aussi loin qu’on s’y attendait. Il va bien plus loin…
Commençons par la nouveauté. Dans Les Sentiers du désastre, le désabusé Dortmunder et ses acolytes inséparables – dont Andy Kelp, toujours au top du dernier cri high-tech de la téléphonie, et Tiny Bulcher, un mastodonte capable de transformer tout amas de chair en bouillie – se sont mis en tête de voler des voitures de collection d’un milliardaire en faillite reclus dans son ranch pour venger pour un ancien camarade injustement licencié. Comme la propriété est bien gardée et qu’il est impossible de l’investir, ils vont jouer au cheval de Troie et se faire embaucher par le milliardaire en mal de domestiques vu que son irascibilité confine au totalitarisme le plus avancé et que le goulag ressemble plus au jardin d’Eden que sa propriété. Hélas pour Dortmunder & Co, Monroe Hall n’est pas milliardaire pour rien. Sa fortune, il l’a bâtie sur les cadavres de ses associés. Et nombreux sont ceux qui veulent se venger et récupérer leur dû. Des syndicalistes s’associent à des hommes d’affaires pour enlever le malhonnête individu. Au milieu, se trouve le tout nouveau majordome John Dortmunder, qui découvre pour la première fois les joies d’un travail légal et qui voit avec horreur d’autres personnes empiéter sur ses plates-bandes.
Dégâts des eaux fait remonter à la surface 
Tom Jimson, un truand meurtrier sorti de vingt ans de taule. Tom requiert l’aide de John pour récupérer un butin enterré derrière une bibliothèque. En vingt ans, l’eau a coulé sous les ponts et la petite ville de Putkin’s Corner n’est plus. Pourquoi ? Parce qu’elle se trouvait dans une vallée et que le gouvernement à construit un barrage. Putkin’s Corner gît maintenant par vingt mètres de fond. Le butin est enfoui un peu plus profondément. S’y rajoute un mètre de vase. Tom a bien une solution pour récupérer tous ces dollars entreposés dans un cercueil. Il lui faut simplement une bonne dose de dynamite. Mais si cette solution ne semble pas l’effrayer, il n’en est pas de même pour John. Il réussit à faire patienter Tom en échange d’une meilleure solution. Mais tous ces plans tombent… à l’eau. Et John à l’eau en horreur. John laissera-t-il se commettre l’un des plus sanglants crimes des États-Unis ? En tout cas, il s’en lave les mains !
Pourquoi moi ? est le plus ancien des romans de Donald Westlake sortis ce printemps. Paru originellement en 1984, dans la prestigieuse « Série Noire » sous le titre Ça n’arrive qu’à moi ? (SN 1946), cette nouvelle (més)aventure du cambrioleur malchanceux [est] le contre-pied de ses premiers exploits (Claude Mesplède in Les Années « Série Noire » – volume 5 – 1982-1985 chez Encrage). En effet, John Dortmunder, à la suite du casse d’une bijouterie à l’aspect aguicheur (son gérant a annoncé son départ en vacances !) se retrouve malgré lui en possession du Brazier de Byzance, une formidable pierre précieuse rouge que le gouvernement américain voulait rendre à la Turquie. À partir de là, la vie va devenir insoutenable pour John mais aussi pour tous les truands de New York. Car la police est prête à tout mettre en œuvre pour récupérer la pierre. Et elle n’est pas la seule. Des groupes terroristes chypriotes, arméniens et grecs sont sur la même piste. Quand le FBI s’en mêle, tout le monde devient nerveux. À tel point que les malfrats de la ville décident de récupérer la pierre pour la rendre aux autorités. La bête de somme, Tiny Bulcher, est prêt à remettre le coupable morceau par morceau à l’inspecteur-chef Francis X. Maloney. Et cette éventualité n’enchante guère Dortmunder. Il va devoir s’en sortir comme un grand, et surtout, faire en sorte de se retrouver blanchi.
Sûrement le plus enlevé des trois romans de Donald Westlake, Pourquoi moi ? propose toute une gamme de dialogues et de passages narratifs truculents. La description de l’agent du FBI reprise dans Les Années « Série Noire » est un modèle du genre Westlake. L’arrivée de John Dortmunder dans le bar de Rollo aussi :
– […] Les autres sont là ?
– La vodka-et-vin-rouge, répondit Rollo en allant chercher un verre et une bouteille. Et puis un gars que je ne connais pas, whisky de seigle-eau plate.
Ralph Winslow certainement.
– Et la bière-au-sel, non ?
– Pas encore là, répondit Rollo en versant du bourbon dans le verre.
– Il est en retard. Sans doute qu’il a mal choisi son itinéraire.
Chaque personnage est appelé ici selon ce qu’il boit. Le plus intéressant étant sans conteste celui surnommé « Bière-au-sel », qui choisit toujours mal son itinéraire. C’est en effet le chauffeur – lors d’un braquage, il faut toujours un chauffeur. Et ce dernier doit rester sobre. Donc, pendant toutes les réunions, il ne prend qu’une bière. Et évidemment, elle s’évente. Alors pour faire durer la mousse, le chauffeur y verse des pincées de sel ! Et c’est une petite histoire parmi mille autres…
Ces trois romans de Donald Westlake sont néanmoins de facture assez similaire dans leur originalité (comprenne qui peut), ce qui ravira les inconditionnels. Il est quand même important de se préparer à une grande tranche de rigolade, sans quoi on risque de passer pour fou, surtout si on les lit dans les transports en commun.
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julien védrenne
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Donald Westlake, Les Sentiers du désastre (trad. de l’américain par François Guérif), Rivages coll. « Thriller », mars 2006, 296 p. – 20,00 €.