Montero Glez, Soif de champagne

Montero Glez, Soif de champagne

Roman noir où le style prédomine sur la trame et qui nous emmène dans les bas-fonds de Madrid.

Montero Glez est à l’origine un journaliste de presse écrite. Mais c’est aussi un auteur spécialiste du pseudonyme. Il est en effet connu sous les différents noms suivants : Roberto del Sur, Paco Jones, Bob Hunter ou Aldo Monterini. Un peu comme ces écrivains français des années 40 et 50 qui se créaient une identité américaine pour avoir un plus vaste lectorat. Faut-il voir en Bob Hunter un hommage déguisé à Ed McBain ? Comme lui, il a usurpé de nombreuses identités et ils ont en commun un nom, Hunter. Bob pour l’un, Evan pour l’autre. Mais l’analogie s’arrête là. La carrière du grand Ed est incommensurable et parsemée de petit bijoux avec en point d’orgue le fameux commissariat du 87e district où intrigue et sentiments rivalisaient de concert. Montero Glez rencontre seulement le succès en 1999 avec un roman noir au titre prometteur et aguicheur, Soif de champagne, non pas par sa trame ultra-classique mais par son style débridé et déstabilisant.

Charolito est un gitan qui vit sur une autre planète. Pour son étoile à lui, la douce Carmelilla, le « fils de la colère » est prêt à tout. Même à voler une mallette remplie de billets à un narcotrafiquant argentin, Flaco Pimienta, et à le faire emprisonner. Malheureusement, Charolito aurait dû savoir qu’un bon narcotrafiquant est un narcotrafiquant mort. Tandis qu’un narcotrafiquant humilié et blessé est très dangereux. C’est pourquoi Charolito doit entamer une course contre la mort lui qui a mis du « pimienta » dans sa vie. Il lui faut sauver sa peau. Et ça urge grave.
Quand la lune se lève, Charolito, tel un loup-garou révèle une autre facette de sa personnalité. Le sang gipsy qui coule dans ses veines devient chaud bouillant et les projets les plus fous peuvent paraître réalisables. Charolito est telle une comète qui poursuit son chemin à travers les rues madrilènes à la recherche de la solution. L’amour déplace les montagnes dit-on. Qu’en est-il de la Pampa argentine ? Car avec ce satané narcotrafiquant, Charolito ne marche pas mais danse sur des œufs. Et c’est plutôt un air de salsa qui s’élève en lieu et place du tango espéré. Pourtant, la dramatique devrait conduire à un flamenco. Comprend qui peut.

Un rythme endiablé pendant près de deux cent vingt pages empêche le lecteur de respirer. Le texte par sa prose atypique et exigeante peut faire fuir bon nombre de lecteurs qui ne s’y retrouveront pas. Montero Glez ouvre une brèche intéressante mais peut-être trop réfléchie et travaillée dans le roman à style noir. Soif de champagne a sûrement du style pour tous les romans qui n’en ont pas. Asphyxiant à la fin. Incompréhension qui ne conduit qu’à une seule solution. Envie de comprendre. Nécessité de relire. Puis de faire le vide avant d’y retourner.
Au final, un roman poignant à plus d’un titre mais à ne pas mettre entre toutes les mains. Seulement pour un lecteur confirmé qui n’a pas peur de voir ce livre s’envoler de ses mains et qui aura assez de courage pour partir à sa poursuite.

julien védrenne

   
 

Montero Glez, Soif de champagne (trad. de l’espagnol par Jean-François Carcelen), Métailié coll. « Suite espagnole » (vol. n° 111), septembre 2005, 218 p. – 10,50 €.

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