Jean Hugo, L’illustrateur de son temps & Le porteur de paysage (exposition)
Jean Hugo demeura tout au long de sa vie un peintre et écrivain modeste et discret. Son oeuvre un temps quasiment oubliée réapparaît peu à peu. Les expositions de Nîmes le confirment. Même si un de ses titres est restrictif : Jean Hugo fut plus qu’un « illustrateur de son temps », il sut créer un style voire un langage pictural reconnaissable parmi tous.
L’arrière-petit-fils de Victor Hugo a sans doute subi l’ombre de son aïeul. Soldat pendant la guerre de 14-18, il fut témoin de scènes atroces et fut chargé de réprimer une mutinerie. Entre deux assauts, il continua à apprendre son art et certains de ses dessins dont « Maison en ruine à La Targette » témoignent de l’horreur au moment même où le peintre invente le dépouillement des lignes et des formes.
Redevenu civil, il poursuit dans la même veine et renoue avec ses relations et amis : Jean Cocteau, Radiguet, Max Jacob, Picasso, Paul Morand, Valentine Gross, Georges Auric, Proust. Mais surtout Jacques et Raïssa Maritain qui furent à l’origine de sa conversion au catholicisme, Dès le début des années 30, il quitte Paris pour le mas de Fourques hérité de sa grand-mère, à Lunel.
Il crée lui-même ses couleurs en travaillant à partir de l’oeuf, comme Van Eyck le fit. Certains ont qualifié son art de naïf et l’ont comparé à celui du douanier Rousseau. Mais de fait il existe là une erreur d’interprétation.
Chez un tel « enlumineur » (Cocteau), la vérité du quotidien éclate. Le tout en dehors des modes et écoles de l’époque. Existe une aristocratie du paysage de la nature que Jean Hugo semble laisser vivre comme à son insu.
Cela donne à sa peinture une vitalité neuve où se réinterprète le réel dans un merveilleux plus proche que lointain.
jean-paul gavard-perret
Jean Hugo, L’illustrateur de son temps & Le porteur de paysage, Bibliothèque Carré d’Art et Musée des Beaux-Arts, Nîmes, du 14 juin au 22 septembre 2019.