Anne Perry, Avant la tourmente

Anne Perry, Avant la tourmente

La nouvelle série tant attendue de la créatrice de William Monk et de Charlotte et Thomas Pitt.

Avec Avant la tourmente, Anne Perry entame une nouvelle aventure avec de nouveaux héros dans une nouvelle époque. Après ses séries « Charlotte et Thomas Pitt » et « William Monk » qui lui ont assuré un certain succès voire un succès certain (les deux séries se déroulent vers 1850 à Londres), Anne Perry, en digne héritière des dames anglaises du crime, revient aux fondamentaux. Dans une époque pré-Agatha Christie. Celle qui allait accoucher d’un cauchemar. Je parle de la période de juin 1914, tandis que couvait la Grande guerre.

Nos deux nouveaux héros sont frères et ont eu une destinée opposée. Alors que Joseph Reavley a choisi le professorat à St. John et enfilé la soutane, Matthew, lui, appartient aux services secrets de Sa Majesté. Leurs parents meurent dans un accident de la route qui se révèle très vite avoir été orchestré par un groupe qui veut précipiter la Grande-Bretagne dans la honte. Enfin ça, c’est d’après les propos tenus par Mr Reavley Sr au téléphone et qui promettait de montrer à Matthew un certain document effrayant.

Pendant ce temps à St. John, près de Cambridge, l’université est victime d’une macabre ébullition. Sebastian, un adolescent terriblement intelligent et promis à un grand avenir, est retrouvé assassiné. Les tensions s’installent à mesure que l’on découvre un autre aspect de la personnalité du garçon, qui était tout sauf l’ange que voyait en lui Joseph. Sur ces entrefaites l’agent Perth arrive pour enquêter. Il est loin d’être le bienvenu mais il poursuit inlassablement ses investigations. Joseph, lui, joue les apprentis détectives et se partage entre St. John et la maison familiale où il tente de protéger Judith, la plus jeune de la famille. Ses pérégrinations l’emmèneront vers un pub de campagne où il rencontrera une servante pacifiste qui a très bien connu Sébastian. Sébastian, dont le meurtrier se suicide ce qui arrange tout le monde et, par-dessus tout, sa mère, véritable furie qui vit avec le souvenir de son petit génie de fils – ce au détriment de son cadet. Enfin, quand on dit que ce suicide arrange tout le monde, c’est faux. Joseph et Matthew sont convaincus qu’il s’agit d’un crime.

Et si les deux histoires étaient liées ? Et si Sebastian avait été témoin de l’accident qui a coûté la vie aux parents de Joseph et Matthew ? Les deux frères doivent se dépêcher de trouver le fameux document avant ceux qui les surveillent pour défendre au mieux les intérêts de la nation et pour que le sacrifice de leurs parents n’ait pas été vain.

Le plus grand talent d’Anne Perry est de nous plonger dans l’atmosphère de cette Belle Époque, qui était convaincue que des pays aussi civilisés que la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie étaient incapables de sombrer dans la barbarie parce qu’un archiduc se ferait occire en Serbie, à Sarajevo.

L’intrigue est ficelée adroitement et l’étude de personnages, comme toujours avec Anne Perry, drôlement bien menée. Perth dans son rôle de détective minable-qui-ne-paie-pas-de-mine à la Columbo devient éminemment sympathique. Tout comme Joseph et ses sempiternels interrogations et doutes. L’approche du complot, au sens générique du terme, est à mettre au même niveau que chez un John Buchan (par ailleurs scénariste des 39 marches), brillant auteur de La Centrale d’énergie en 1916. Le style naïf et le déroulement de l’enquête, flegmatique et implacablement logique, s’apparentent aussi au travail d’Edgar Wallace (comme pour John Buchan, il reste un auteur célèbre mais anonyme pour le commun des mortels : il a été le co-scénariste de King-Kong !) dans ses Quatre justiciers, entre autres.
Edgar Wallace était à son époque un grand auteur, populaire et renommé – ce qu’Anne Perry, que l’on sent ici empreinte de nostalgie, aurait pu prétendre être tant elle semble se sentir chez elle dans ces années victoriennes ou immédiatement post-victoriennes. Les amateurs de cette période et de son ambiance apprécieront.

julien védrenne

   
 

Anne Perry, Avant la tourmente (traduit de l’anglais par Jean-Noël Chatain), 10-18 coll. « Grands détectives » n° 3761, mars 2005, 457 p. – 8,50 €.

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