Entretien avec Samuel Rousseau (Un monde machine mis en abîme)
Lire notre chronique sur l’exposition Un monde machine mis en abîme
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Mon travail, il peut être une véritable obsession et me réveiller au milieu de la nuit.
Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Certains sont devenus réalité, d’autres en voie de réalisation. Il est très important pour moi d’aller au bout de mes rêves, de ne jamais tuer l’enfant qui m’habite.
A quoi avez-vous renoncé ?
A l’anarchie, l’humanité n’est pas encore prête. J’ai ouvert un squat avec cette philosophie en tête, c’était un îlot où tout était possible. En 10 ans nous avons recréé notre société, avec ses lois, sa justice, ses punitions et ses enjeux de pouvoir… Après avoir visité plusieurs pays autoritaires et riche de mes constats, je suis malgré ses travers un défenseur de la démocratie et conscient de sa fragilité.
D’où venez-vous ?
d’ailleurs…
Qu’avez-vous reçu en dot ?
Des valeurs telles que l’amour, la tolérance, l’ouverture, … je suis né au début des années 70, j’ai hérité des utopies de ses années là. J’ai besoin de croire pour vivre et je ne pense pas que l’homme ne puisse se passer d’espoir.
Un petit plaisir – quotidien ou non ?
inspirer, expirer.
Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Chaque artiste est unique et c’est ce qui fait un des intérêts de notre formidable époque, il n’y a plus vraiment de courants mais un foisonnement d’idées et de propositions. Chacun explore des territoires qui lui sont propres et c’est ce qui fait la richesse de l’art contemporain.
Où travaillez vous et comment ?
Sur cette planète, je respire mon monde. C’est la vie qui m’inspire ainsi que la somme de mes voyages et expériences. Je pratique un art à différentes strates de lisibilités et à prises multiples.
Quelles musiques écoutez-vous en travaillant ?
J’adore la musique et je ne peux pas m’en passer, j’ai besoin d’elle. Adolescent et jeune homme, j’ai beaucoup écouté du Punk et des sons violents comme le hard core. J’ai découvert la House et la techno au début des années 90 et j’ai plongé dedans passant de la crête au smiley. Je suis devenu organisateur de Rave party, après 3 ans de danse et de fête c’est la police par sa violence qui m’a dégoûté de continuer. Je suis donc très friand de sons électroniques, je continue à pratiquer le mix, bulle dans laquelle j’aime faire un break mental. La musique accompagne ma pratique artistique ; même si ce n’est pas évident elle est présente dans mes réalisations.
Quel est le livre que vous aimez relire ?
Demain les dauphins de Miguel Alejando Prado, c’est une BD qui m’a réconcilié avec l’humanité.
Quel film vous fait pleurer ?
Je suis très sensible, n’importe quel navet avec des violons et de grosses larmes coulent le long de mes joues.
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Cela dépend de l’instant, cela peut être beau comme abominable mais cela reste juste mon visage…
A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
Je n’ai jamais été à l’aise avec l’écriture, je suis dyslexique et je fais beaucoup de fautes d’horographe (sic), entretient un complexe vis-à-vis de cette forme d’expression.Je suis beaucoup plus à l’aise à l’oral donc je lui proposerais que l’on se rencontre. Mais alors qui ??? La liste est tellement longue.
Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
La ville est présente dans mes recherches, sa complexité me fascine, elle pour moi source d’inspiration. Pour n’en citer que quelque une qui m’ont marqué : Istanbul, New York, Mexico, Lima, Angkor, le Machu Pichu ou encore le petit village de Fargebelle en Ardèche. Je suis très sensible aux villes que je visite car je vis dans une cité qui est très laide. Pour le mythe cela sera évidement Babel.
Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?
Difficile question car j’ai très peu d’artistes dans mon entourage, nos relations sont complexes et malheureusement souvent la compétition acharnée… Je fuis les rapports conflictuels et je déteste les batailles d’égo. Il est important pour nous d’avoir un égo fort car nous affrontons le monde mais c’est un animal sauvage à qui il faut savoir coller une muselière.
Artistiquement parlant, des artistes comme Bill Viola ou Nam June Paik qui m’ont amené à la vidéo. Mais ce n’est qu’un véhicule parmi d’autres, pour moi peu importe la coquille c’est l’essence intrinsèque qui compte. Des artistes comme Robert Filliou ou Michel Journiac sont donc aussi très importants à mes yeux.
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Je suis déjà submergé d’objets, j’accorde une grande valeur au temps et aux individus. Un moment partagé avec des personnes que j’aime et toujours un cadeau.
Que défendez-vous ?
La LIBERTE, en tant qu’homme c’est un des piliers qui me constitue. En tant qu’artiste je m’en sens responsable, nous en sommes la représentation et la vivons. Ce n’est pas pour rien si nous sommes toujours des premiers à passer au four sous un régime totalitaire.
Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
Je ne suis pas tout à fait d’accord avec ça. L’amour est une force et un pouvoir fantastique, il nous habite. C’est clair qu’il ne peut être accepté par quelqu’un qui le refuse.
Enfin que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
W. Allen ne m’a jamais fait rire… Je préfère Terry Gilliam.
propos recueillis par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com en novembre 2012.