Marianne Feder, L’hiver des poètes
Le CD de Marianne Feder possède un charme particulier et inédit. Pour preuve, dès qu’on tente de rapprocher l’artiste – en des univers pourtant connus, celui de la musique manouche par exemple – de noms qui pourrait s’allier au sien aucun ne colle. Marianne Feder, sur des territoires connotés, impose d’abord sa voix acide et haut perchée (mais pas toujours), ses mots, ses musiques (et celle de Romane auteur de 7 textes) et des orchestrations. Si bien que chaque genre visité est subtilement décalé avec çà et là une touche d’électro choisie avec discernement.
L’album emporte dans sa « marche », titre du premier morceau, jusqu’à sa valse finale en hommage au père de Marianne. Seul le titre de l’opus peut sembler rédhibitoire même s’il s’agit de celui d’une des pièces les plus belles de l’album.
Cette dénomination « L’Hiver des poètes » garde en effet un côté « rive-gauche » suranné et marqué stylistiquement qui biaise le contenu même de son ensemble. Entre « improvisation lente » et « danse insolente », tout s’agence dans cet album intemporel à mille lieux des rotomontades de saison. L’ensemble est à la fois plus modeste et ambitieux. Il indique des moments qui traversent nos vies.
Et une fois l’automne passé, ce n’est plus la solitude que préside au solstice de décembre. Peu de risque (hélas) qu’il fasse partie des play-lists de saison. Pourtant cet hiver poétique pourrait bien servir de quatre saisons aussi libres qu’ailées, comme la voix de Marianne.
jean-paul gavard-perret
Marianne Feder, L’hiver des poètes, label Modulor, 2019