Yves Bulteau, Le Triangle des bourreaux
Une histoire qui s’annonce d’emblée passionnante, avec son lot de rebondissements plus ou moins fortuits.
Greg et Sophie sont deux jeunes en marge de la société qui ont le malheur (et qui font le malheur, aussi !) de rencontrer d’autres jeunes marginaux qu’ils soupçonnent de leur avoir volé 500 F. De là se déchaîne une violence de la part de ces deux ados qui les conduit à un triple meurtre et à un emprisonnement. Greg se suicide. Sophie entame une longue réinsertion au sein même de son centre d’incarcération puis en dehors. Jérôme Prigent est le juge qui a instruit l’enquête puis a démissionné, désireux de rompre les amarres avec une vie qu’il n’a pas désirée. Il se sépare de sa femme qu’il n’aime pas et qu’il subit depuis des années parce qu’elle est aussi témoignage de sa réussite bourgeoise. Son rêve : une vieille masure, une table d’écrivain et surtout une inspiration qui tarde à venir.
Sur la route, une auto-stoppeuse, Sophie. Dans la voiture, au volant, Jérôme. En route pour Noirmoutier. Nouvelle rencontre entre ces deux écorchés vifs d’une société qu’ils ne comprennent pas. Nouveau départ ? Peut-être. Entre eux naît une passion torride seulement perturbée par des individus mystérieux qui poursuivent Sophie. Des chats sont égorgés, Sophie est kidnappée, violée, puis libérée sans que l’on comprenne pourquoi… s’ensuit alors une sorte d’enquête course-poursuite à la recherche de ces ombres qui hantent Sophie et surtout de celle qui semble être le cerveau de ce groupuscule anarchisto-acharneur, la sœur de Greg, bras vengeur complètement nymphomane du suicidé. Voyage à travers la France avec enquête rigoureuse mais néanmoins amatrice grâce à l’aide de vieilles accointances de Jérôme.
L’histoire s’annonce passionnante. Elle sera angoissante et tachée de sang avec des rebondissements, par moments purement fortuits et parfois moins. On pourra reprocher à Yves Bulteau de ne pas respecter deux ou trois des vingt règles de Van Dine dont la cinquième : « Le coupable doit être déterminé par une suite de déductions logiques et non par hasard, par accident, ou par confession spontanée. » Mais ces règles ont bientôt cent ans d’existence et il serait peut-être de bon ton de les réactualiser. Toujours est-il que la tonalité et le style d’Yves Bulteau donnent un tour plaisant et intrigant à ce roman où la manipulation des têtes qui se veulent pensantes a son importance, et que le sieur-auteur s’avère être un des spécialistes français du genre !
julien védrenne
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Yves Bulteau, Le Triangle des bourreaux, Les Contrebandiers éditeurs « Suspense », 317 p. – 19,00 €. |
