François Bégaudeau, Histoire de ta bêtise

Le mépris

Bégau­deau, lorsqu’il écrit comme lorsqu’il parle, est de ceux qui ont tou­jours rai­son parce qu’ils sont infaillibles ou qui sont infaillibles parce qu’ils ont tou­jours rai­son. C’est l’anti Ber­na­nos et le plai­san­tin du cirque ger­ma­no­pra­tin.
La pré­ten­tion sue en un tel livre. L’auteur regrette de ne pas être de ces écri­vains nés pauvres qui peuvent por­ter en reli­quaire — comme Céline ou Amoz Oz — les appar­te­ments misé­rables de leurs parents. Sa pen­sée est aussi humi­liante pour ceux qui n’appartiennent pas à sa caste que pour ceux qui nour­rissent des ambi­tions aca­dé­miques bourgeoises.

Il y a d’ailleurs chez l’auteur de l’Habit Vert en puis­sance. Il soigne pour l’heure une “mau­vaise” conduite en fai­sant par­tie de ceux qui se dis­tinguent de leurs sem­blables en trin­quant avec les mar­chands de vins (tout en s’en esti­mant in petto le devin condes­cen­dant).
Inca­pable de renier les valeurs de la culture bour­geoise, il ne fait qu’entériner la bêtise qu’il voit régner chez ses voi­sins en défen­dant les pri­vi­lèges de sa propre faconde intel­lec­tuelle. Sa furieuse bataille autour des prin­cipes bour­geois n’est donc qu’une sinistre plai­san­te­rie scolastique.

L’auteur se veut père dans le trou du psy­chisme de ceux dont il espère pro­gram­mer l’intelligence. L’infirmier des indi­gences y prend place au non de la dis­tinc­tion de la sienne. Ses cer­ti­tudes font de lui un homme d’affaires des doxa intel­lec­tuelles.
Bégau­deau ne se refuse pas les ors et stucs haus­man­niens mais il suf­fit de son bel esprit pour s’en éloigner.

Aimer une belle for­mule de Fou­cault ou Bakou­nine donne à l’auteur un puce­lage social. Il le libère de sa classe. Le tout dans un mépris sour­nois, déma­gogue et toutes griffes dehors envers ceux qui ne pensent pas comme lui, donc qui ne pensent pas. Ou si peu.

jean-paul gavard-perret

Fran­çois Bégau­deau, His­toire de ta bêtise, Pau­vert Edi­tions, 2019.

15 Comments

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15 Responses to François Bégaudeau, Histoire de ta bêtise

  1. tolerance

    Très content de lire cet article. Je l’ai écouté sur France culture, on avait l’impression d’un petit sta­li­nien arro­gant. Il appelle à “l’autocritique” des bour­geois, on sait com­ment ce genre d”appel finit.
    Bien cordialement

  2. ludwig

    C’est très exac­te­ment l’impression que j’ai eue! Ce Begau­deau m’est apparu très content de lui-même, plein de fatuité, de dilet­tan­tisme et de super­fi­cia­lité. Il parle comme jadis les petits fonc­tion­naires du Krem­lin. Fina­le­ment il exhale de ce per­son­nage un puis­sant par­fum de sottise.

  3. Houcine

    Ce texte sue le ver­biage, bourré de pré­cio­sité pour se don­ner quelque hau­teur tant il puise dans les bas­sesses en guise d’argument critique.

  4. Vertical

    Je suis sous le “charme” de ce Bégau­deau que j’ai décou­vert récem­ment. Voilà un auteur qui a des idées, qui sait les défendre en étant convain­cant et didac­tique. Par­fois il va (un peu) trop loin mais il a rai­son: la bour­geoi­sie confisque la démo­cra­tie et j’ajoute, ce depuis Napo­léon 1er.
    Bien sur il manque par­fois de nuances mais dans un uni­vers où tout le monde
    dit la même chose une voix dis­cor­dante est néces­saire.
    Si son but n’est pas d’instaurer un régime avec les Insou­mis alors tout est bien!

  5. Mouais

    En tous cas il aura réussi à vous faire aban­don­ner une approche cri­tique construite et argu­men­tée pour vous faire adop­ter une réac­tion épi­der­mique et quelque peu hai­neuse. J’imagine que qui se sent mor­veux se mouche.

  6. Domi

    Quel dom­mage de gâcher un cer­tain talent lit­té­raire dans une cri­tique pure­ment épi­der­mique.
    J’ai vu Fran­çois Bégau­deau dans “C a vous” ( https://www.youtube.com/watch?time_continue=51&v=EduR-tk_5EM ) et il m’a paru posé, construit dans son ana­lyse de la vio­lence sociale, clair dans son dis­cours à tel point que les 3 détrac­teurs sur le pla­teau en étaient esto­ma­qués. Mais peut-être que vous vous êtes reconnu dans les ques­tions pré­li­mi­naires du livre “Tu votes tou­jours au second tour des élec­tions quand l’extrême droite y est qua­li­fiée, pour lui faire bar­rage. Par consé­quent, l’abstention te paraît à la fois indigne et incom­pré­hen­sible. etc.”. Un conseil, évi­tez le sage Michel Onfray ; il risque de frois­ser votre confort “bourgeois”

  7. Fred

    Les réac­tions et com­men­taires de cer­tains me font sou­rire. Ils ne font qu’illustrer par­fai­te­ment la « bêtise », thème cen­tral de cet essai magis­tral signé Bégau­deau, et qui est à mes yeux un PUR RÉGAL. Une invi­ta­tion à l’éveil des consciences. À lire, abso­lu­ment, et à par­ta­ger sans modération !!!

    • Alain

      Je réagis exac­te­ment comme Fred : la cri­tique ci-dessus du bou­quin de Bégau­deau est une belle illus­tra­tion de la “bêtise” ambiante que dénonce jus­te­ment Bégau­deau.
      Écoutez-le direc­te­ment là : https://www.youtube.com/watch?time_continue=51&v=EduR-tk_5EM.
      Vous pour­rez vous faire votre propre opi­nion sans pas­ser par la case “bour­geoi­sie outrée”

  8. Steeve

    Les pro­pos tenus par cet indi­vidu me font pen­ser à ces inter­nautes qui vous répondent des phrases du type “ouais toi t’as voté Macron, etc.” quand tu oses faire part de quelques inter­ro­ga­tions au sujet des Gilets Jaunes. Si tu réprouves les menaces et insultes au sein même du mou­ve­ment, les agres­sions des jour­na­listes, etc. , tu es for­cé­ment un adepte de Macron et un hor­rible bour­geois dont le frigo est plein à cra­quer. (J’ai tou­jours beau­coup aimé les gens qui voient le frigo des autres sur leur page Face­book, moi…)
    Per­son­nel­le­ment, je n’ai pas eu la chance de gran­dir dans un envi­ron­ne­ment aussi bour­geois que mon­sieur B. mais mes parents m’ont appris que la pro­preté est une bonne chose. De même, la saleté n’est pas uni­que­ment le luxe de types pédants aux pos­tures fac­tices et pseudo-philosophiques. Cer­tains y sont contraints.
    Cet auteur, dont je ne lirai pas l’œuvre révo­lu­tion­naire mais que j’ai eu l’immense chance de voir sur des pla­teaux télés, manque tout sim­ple­ment de nuances, d’indulgence, d’humilité… d’humanité.
    Il est tout sim­ple­ment aussi mépri­sant que… bête. Mais je ne me fais pas de sou­cis pour lui. Un de perdu dix de retrou­vés. Bou­le­vard Vol­taire l’encense à ma place, ce qui doit le rendre fort heureux…

  9. ludwig

    J’ai de nou­veau entendu et écouté Begau­deau devant Zem­mour et Naul­leau. Ce Bégau­deau –j’en ai connu de sem­blable quand j’étais ado­les­cent jadis au lycée Voltaire-! Quelle suf­fi­sance, quelle fatuité, quelle sot­tise. N’est pas le Père Ubu qui veut! Il y a en lui quelque chose de pro­fon­dé­ment révol­tant que je ne par­viens pas tout à fait à définir.

  10. Jacques Richard

    Votre article fait œuvre de salu­brité publique par ces temps où plus que jamais les cuistres essayent de se faire pas­ser pour des pen­seurs. Quant à la bêtise, “un sot trouve tou­jours un plus sot qui l’admire”. C’est l’éternelle his­toire de la paille et de la poutre. Merci et… encore !
    J. R.

  11. Gérard

    Le livre de Bégau­deau fait selon moi une ana­lyse per­ti­nente de la société bour­geoise pari­sienne et plus par­ti­cu­liè­re­ment des bobos (par­fois élec­teurs enthou­siastes de Macron). Son ana­lyse s’inscrit dans la lignée des Bour­dieu / Pas­se­ron (Les Héri­tiers, la dis­tinc­tion …) mais n’en reste pas à la simple socio­lo­gie : il va plus en pro­fon­deur et met en évi­dence les contra­dic­tions logiques d’une classe sociale domi­nante, celle des bourgeois/bobos que j’ai le mal­heur de fré­quen­ter quo­ti­dien­ne­ment.
    Les réac­tions que l’ouvrage sus­cite (dans cette pseudo cri­tique et dans les com­men­taires) prouvent que l’auteur a tou­ché juste : de déri­soires consi­dé­ra­tions psy­cho­lo­giques ou des attaques ad per­so­nam sont oppo­sées aux concepts. Beau­coup des lec­teurs se sentent visés à rai­son : le lec­to­rat de Bégau­deau coïn­cide presque par­fai­te­ment avec le sujet du livre.
    Bégau­deau rejoint par cer­tains aspects la cri­tique d’Emmanuel Todd : les strates les mieux édu­quées de la société fran­çaise (les bac+5 et plus pour le dire vite) sont atteintes d’un cré­ti­nisme quasi géné­ra­lisé et inquié­tant (dou­blé d’un aveu­gle­ment et d’une haine de classe que Bégau­deau tente d’expliquer).

  12. Malaquet

    J’ai lu ce livre, c’est brillant, argu­menté, drôle. Bégau­deau s’avère un véri­table lec­teur de Ran­cière, un “héri­tier” de Bour­dieu dans la défi­ni­tion de l’habitus de classe. Ne vous fiez pas à cette cri­tique qui n’a même pas l’élégance (ni une once de pen­sée, ni le début d’un tra­vail …) d’en être une.

  13. Garrabé

    Moi j’ai adoré ce livre.Il a changé ma vie.Enfin quelqu’un qui met des mots sur ce que je res­sens depuis long­temps et qui m’a iso­lée de beau­coup de monde.

  14. Shao

    Cette cri­tique lit­té­raire, ainsi que de nom­breux com­men­taires, démontrent fina­le­ment une seule chose :
    Fran­çois Begau­deau dans “His­toire de ta bêtise”, vise au plus juste.

    Je me délecte de ces réac­tions, qui n’ayant fina­le­ment rien à oppo­ser sur le fond, pré­fèrent s’attaquer à la forme, ou mieux, à l’auteur.

    Ces attaques ad homi­nem ne sont que la démons­tra­tion de l’essai de Begau­deau, à savoir cette inca­pa­cité à argu­men­ter, réflé­chir, penser.

    L’esprit cri­tique n’a de sens uni­que­ment s’il est argu­menté, sourcé, arti­culé et sur­tout débar­rassé de ses propres peurs et désirs.

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