Marie Gauthier, Court vêtue
Le garçon qui débarque ce roman n’a même pas l’ambition de devenir un des employés municipaux célébrés par un couple de comiques les plus populaires du moment. En échec scolaire, devenir cantonnier lui suffit. C’est à la fois une bonne idée et un danger. D’autant que le cantonnier qui le prend comme apprenti a une fille – Gil – elle aussi peu encline aux études, soignée sous look de caissière dans un petit libre-service : chaussures impeccables et maquillage (léger).
Si bien qu’autour d’elle les mâles sont vite en rut – gérant compris et peu importent les différences générationnelles. Gil ne s’en soucie guère : à la sortie de l’adolescence, elle pourrait tomber en bovarysme dans son petit village. Mais, du genre effrontée, ce n’est pas les lectures chères à l’héroïne de Flaubert qui la motivent, plutôt les magazines dits spécialisés qui ne sont guère plus performatifs dans les histoires de coeur. Ce qui en donne au ventre de Gil qui, libre, s’envoie très vite en l’air.
Elle ne s’arrête pas en si doux chemin. De nuit comme de jour, elle s’éprend facilement en ne trouvant aucun mal à se faire du bien avec des hommes qui ne la méprisent pas pour autant tout en restant fiérots de leurs passes avec celle que le jeune apprenti ne cesse d’épier. Il reste comme hors du jeu de l’amour mais est autorisé à venir lire dans la chambre de l’effeuilleuse de marguerite, à la suivre des yeux dans sa salle de bains ou à l’accompagner dans des promenades bucoliques.
Le tendron demeure en quelque sorte sur la touche. Plus jeune que la jeune fille volage, il est intimidé. La galopine l’est tout autant avec lui. Nymphomane en compagnie d’autres hommes, elle demeure interdite à ses côtés en ne pouvant le nommer autrement que d’un banal « Le garçon » avant qu’il n’ apprenne qu’on peut mourir à l’aube de manière douce, lorsque la vie mord au ventre.
Ce premier roman est celui de l’apprentissage, de la découverte des émois mais où la leçon est aussi violente que ravagée par un temps compté. Reste à savoir ce qui est le mieux : l’intensité de la brièveté ou le train-train d’un temps qui s’étire. L’auteure offre son point de vue mais de manière habile et elliptique : elle n’impose en rien sa vision du bonheur ou de ce qui en tient lieu.
Le roman ne traîne jamais : il est aussi allègre que grave. Il sort des sentiers battus des amours embourgeoisées. Tout est boisé. Mais la forêt n’est pas forcément celle des songes. Elle est en quelque sorte hantée. Faut-il pour autant y renoncer et pour le cantonnier casser les cailloux sur la route de Louvier – comme naguère disait une comptine ? Cette chanson bien douce – ou presque – est à méditer et à réviser. Et pas seulement pour ce gilet jaune (de sécurité plus que de révolte).
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jean-paul gavard-perret
Marie Gauthier, Court vêtue, Gallimard, coll. Blanche, Paris, 2019, 105 p. – 12, 50 €.
2 réflexions sur « Marie Gauthier, Court vêtue »
Vive le talent des roses annéciennes!