Richard Newman & Karen Kirtley,Alma Rosé. De Vienne à Auschwitz
La violoniste autrichienne Alma Rosé (1906-1944), fille du fondateur du Quatuor Rosé et nièce de Mahler, est entrée dans la légende après sa disparition, pour avoir dirigé l’orchestre de femmes d’Auschwitz-Birkenau, sauvant ainsi la vie aux musiciennes (confirmées ou apprenties) qu’elle recrutait.
Son destin et sa mort ont fait l’objet d’évocations contradictoires, consistant pour certaines à la dénigrer. Son propre frère, installé au Canada, semble avoir préféré oublier Alma durant des décennies. Richard Newman, un ami de ce frère, a d’autant plus de mérite à avoir mené le travail titanesque qui a été nécessaire pour retrouver (dans les années 1980, avant l’ère d’Internet) une centaine de témoins et les documents permettant de reconstituer le parcours de la violoniste. Paru au Canada en l’an 2000, l’ouvrage bénéficie, pour son édition française, de notes en bas de page dont certaines apportent des informations mises à jour concernant les témoins.
Cette biographie a le double mérite de raconter, autour de la protagoniste, la vie des grands musiciens et des mélomanes viennois au cours des années 1900-1930, et d’élucider au possible le parcours de la violoniste entre l’Angleterre où elle put se réfugier avec son père, pour échapper aux nazis, les Pays-Bas où elle se rendit en 1940 pour trouver du travail, et le camp de concentration où elle finit par être déportée.
Chaque étape du récit est captivante, même les moins dramatiques, grâce au talent des coauteurs et à la richesse de la substance narrative. L’ouvrage ne relève pas de l’hagiographie : Alma Rosé y est représentée avec ses défauts ; mais ce qui en ressort le mieux, c’est sa nature d’artiste vivant surtout à travers la musique, qui lui a permis d’abord de surmonter une série de déceptions intimes, puis de trouver le courage de survivre et, une fois déportée, de soustraire aux chambres à gaz une cinquantaine d’autres femmes.
D’après les témoignages, en travaillant avec Alma Rosé, certaines parvenaient pratiquement à oublier l’horreur qui les entourait, n’ayant plus d’attention que pour la musique et pour les exigences de leur chef d’orchestre. Je n’en dirai pas plus pour éviter d’éventer les révélations que vous trouverez dans cet excellent ouvrage, concernant la violoniste et nombre d’autres personnages. La traduction et le travail d’édition sont à la hauteur du texte.
agathe de lastyns
Richard Newman & Karen Kirtley, Alma Rosé. De Vienne à Auschwitz, traduit de l’anglais (Canada) par Anne-Sylvie Homassel, éd. Notes de nuit, novembre 2018, 497 p. – 22,00 €.
