Laurent Moënard (scénario) & Eric Stalner (dessin), Blues 46 – Tome 2 : « Allegro Furioso ! »

Laurent Moënard (scénario) & Eric Stalner (dessin), Blues 46 – Tome 2 : « Allegro Furioso ! »

Ça contine de défourailler sec comme dans la Chanson de septembre – et certains protagonistes se révèlent sous un jour inattendu…

L’aventure qui avait commencé il y a un peu plus d’un an sur l’air d’une « Chanson de septembre » n’avait déjà pas grand rapport avec une douce ballade bucolique – bien qu’elle eût pour cadre la campagne lotoise, merveilleuse comme chacun sait. Alors imaginez la tournure que peuvent prendre les événements lorsque le mouvement s’emballe jusqu’à un « Allegro furioso » diablement mené…
Rappelez-vous : afin d’éviter la collision avec un jeune auto-stoppeur, Guéric avait jeté sa DS d’un coup de volant sur le bas-côté d’une petite route aux environs de Cahors. Il accepte de prendre l’adolescent en charge… et commet là un de ces gestes apparemment anodins qui ne manquent jamais de vous précipiter tout droit dans les bras de Charybde pour mieux vous envoyer ensuite dans ceux de Scylla : pour avoir consenti à mener le jeune Alain chez sa tante il se retrouve, au même titre que son compagnon de hasard, poursuivi par un couple de tueurs qui en veulent manifestement à un gros magot…

Quelques cadavres plus tard – assortis de fuites en catastrophe, de rencontres piquantes… et de reparties bien senties – l’histoire reprend sous les douces couleurs automnales. Mais ça continue à défourailler sec : à peine trois planches pour que sorte la pétoire, et six pour que tombe le premier corps, d’une balle en pleine tête. Toujours à cause du butin récupéré après le casse du Crédit toulousain – un coup du « Lotois », le père d’Alain. De nouveaux personnages apparaissent et viennent se greffer à la ronde, déjà conséquente, de tous ceux qui courent après ce fameux butin. Certains ne font que traverser la scène du récit – juste le temps, comme tante Lisa ou le cousin Pierrot, de susciter les réactions qui vont révéler au grand jour la cruelle duplicité de ceux à qui on croyait pouvoir se fier. On avait un flic ripou, on a désormais un traître, et de la pire espèce, tout proche d’Alain… Enfin, « Alain » si l’on veut : « lui » aussi portait un masque pour mieux se protéger et lorsqu’il s’en défausse, Guéric en perd tous ses moyens !
Oui, le mouvement est vraiment « furioso » : la cadence va crescendo jusqu’à un paroxysme de détonations en cascades qui ne s’achève qu’au prix de quelques morts supplémentaires. Mais le « vrai » dénouement va tout de même chercher un peu plus loin que le silence retombé auprès de corps ensanglantés… Une ellipse de cinq années et voilà la « chanson » repartie comme devant – mais sous les bleu-vert éclatants d’un commencement d’été, et au rythme, cette fois, d’une tendre romance.

Bien que le dessin se soit un tantinet affadi – les couleurs, toujours somptueuses, sont plus délavées que dans le premier tome, et les contours sont légèrement moins affirmés : les graphismes semblent se diluer, se fondre dans une déliquescence colorée certes d’un très bel effet esthétique mais qui ne sied guère à la nature du récit. Cet album procure néanmoins un plaisir de lecture tout aussi intense que le premier tome et clôture à merveille ce superbe diptyque qu’est Blues 46, à l’atmosphère proche des polars « à la française » des années 60 – 70, où règne l’inimitable humour des dialogues d’Audiard servis par des Bernard Blier, Paul Meurisse, Michel Constantin et autres Mireille Darc…
À noter, avant de conclure, les superbes dessins préparatoires reproduits dans les quelques pages du « carnet de route » qui ouvrent l’album – et voilà rehaussé encore le le pouvoir de séduction de ce dernier…

isabelle roche

   
 

Laurent Moënard (scénario) & Eric Stalner (dessin), Blues 46 – Tome 2 : « Allegro Furioso ! », Dargaud coll. « Long Courrier », novembre 2005, 48 p. couleurs – 13,50 €.

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