George Segal, exposition
Près de vingt ans après sa mort, George Segal garde une place à part parmi les artistes de sa génération. Dès la fin des années 50 il s’insurgea contre l’Expressionnisme abstrait, en tant que peintre et sculpteur figuratif. Considéré non sans raison comme un des initiateurs du Pop Art, il rejette l’anonymat de la création, refuse l’intention de choquer.
Ses personnages demeurent les symboles d’une humanité à la fois en régression et tension dans un monde qui les efface mais où ils tentent de refaire surface. Pour le « dire » – à savoir le montrer -, l’artiste américain use de la thématique académique de nus et de natures mortes mais qu’il transforme dans un expressionnisme aux couleurs violentes.
Ses peintures et surtout ses sculptures possèdent une charge poétique et intime. Elles forcent à la méditation sur le sort de l’humain non sans rapport avec les théories de John Cage qui prônait notamment la destruction de la frontière entre l’art et la vie. Existe toujours chez Segal le rêve sinon d’un spectacle total du moins d’une oeuvre globale qui réunirait toutes les techniques voire tous les arts.
D’où ses fameux « tableaux vivants » dont les premiers personnages ressemblent aux mannequins des grands magasins. Ils étaient d’abord moulés dans du plâtre mais bientôt le corps humain emmailloté de bandes plâtrées prend leur place. Il en refaçonne la surface au sein d’un environnement constitué d’objets réels contextualisés. Existe alors un décalage entre la réalité de l’objet et la dimension fictive des personnages. Cette dissociation crée des chocs et des déplacements.
Existe dans l’oeuvre une caricature – mais en sérieux – du monde sans jamais la recherche d’instants paroxysmiques. Bien au contraire, Segal montre le quotidien, la routine qu’il feint simplement d’enregister et traduire.
Mais il fait bien plus. Jaillissent toute une détresse muette, un champ de fouilles des destins les plus humbles, sans pathos mais avec un point de vue critique sur la société.
jean-paul gavard-perret
George Segal, exposition, Templon, Bruxelles, du 25 octobre au 22 décembre 2018.