Raluca Maria Hanea, Retirements
Vibration de la matière-à-dire
Raluca Maria Hanea – née en Transylvanie en 1982 – est directrice artistique adjointe au Festival de Cinéma Européen des Arcs. Son travail poétique est surprenant et fonctionne en une suite de strates et superpositions par tout un travail de reprises pour interroger l’image et le corps en doublant l’écriture de dessins, collages et photographies.
Après Sans chute, l’auteure publie chez le même éditeur Retirements. Les souvenirs en jaillissent dans un jeu de flux et de reflux par effet de couleurs et de transparence. Ce qui affleure reste une attente :
« un temps unis
nous allons nous briser ensemble
et rien ne sera plus émergé
derrière les yeux
la bouche les mains tremblent
un livre d’images dressées comme on rêve ».
Si bien qu’au-delà des échos d’un temps passé s’agite un futur en esquisse dans un monde d’architectures ou de fresques improbables là où tout demeure en division. Comme chez Calvino, l’univers devient une matière de rêve et de spéculation. Tout reste improbable, ténu ; évanescent au sein d’un mixage de sensation.
Si le corps est bien présent, c’est avec une conscience façon éveillée/, façon endormie. A Calvino succède Michaux et sa manière de toucher le sensible. Existent plaisir et douleur d’un intime en tension. Il trouve là une expression paradoxale entre proximité et éloignement. Restent la force du passé et celui du réel tel qu’il est mais que la poétesse refuse de laisser en l’état.
Par l’épreuve du texte, l’essence même de la matière-à-dire devient vibration, désordre et ordre, pénétration et épuisement, faille et présence.
jean-paul gavard-perret
Raluca Maria Hanea, Retirements, Editions Unes, Nice, 2018, 72 p. – 17,00 €.