Bérénice (Jean Racine / Célie Pauthe)

Une apo­lo­gie du devoir qui lamine les êtres dans la cha­leur de leur chair

(copy­right eli­sa­beth carecchio)

Le pla­teau ins­talle un cadre sobre, solen­nel. Le fond de scène sert à pro­je­ter un texte suc­cinct, qui dit le cadre de l’action, comme dans les films muets. Lorsque la lumière éclaire le décor, celui-ci appa­raît solen­nel, cou­leur sable, fait de meubles impo­sants et de dra­pés. Nous sommes en Orient. L’argument s’annonce mas­sif : le drame concerne le pou­voir, incom­pa­tible avec une union jugée impure.
Titus, devenu orphe­lin et pro­mis au trône, doit choi­sir entre l’Empire et l’élue de son cœur : si son cœur balance, la seule option qui s’impose à lui dans de telles cir­cons­tances le déchire. La situa­tion est cir­cons­crite par les conven­tions et leur poids ; pour­tant, la noble dignité des per­son­nages et de leurs idéaux rend le beau texte de Racine audible dans sa cru­dité, expres­sion de pas­sions irré­pres­sibles, simples et confuses.

Les mimiques vives et le jeu habité des acteurs viennent dyna­mi­ser la majesté du pro­pos. Les conseillers des per­son­nages prin­ci­paux jouent leur rôle déter­mi­nant par les dia­logues qu’ils ouvrent et sou­tiennent devant l’embarras et le trouble de leurs maîtres ; l’équilibre de la pièce est bien mani­festé. Loin de la rompre, le film de Mar­gue­rite Duras pro­jeté en fond de scène, figu­rant on l’imagine le lieu d’exil de Béré­nice, sti­mule et ali­mente la repré­sen­ta­tion.
Dans leur pro­saïsme révé­ren­cieux, les images apportent une gra­vité sup­plé­men­taire au sujet de la pièce. On assiste à un bel hom­mage à l’ardeur fémi­nine, confron­tée aux ambi­guï­tés, si ce n’est aux dupli­ci­tés mas­cu­lines. Les dia­logues accen­tuent indé­fi­ni­ment la ten­sion dans une pro­gres­sion dia­lec­tique. Une apo­lo­gie du devoir qui lamine les êtres dans la cha­leur de leur chair. À tra­vers une repré­sen­ta­tion ouvra­gée et sty­lée, Célie Pauthe livre un beau tra­vail, sobre, accom­pli et efficace.

chris­tophe gio­lito & manon pouliot

Béré­nice

de Jean Racine
mise en scène Célie Pauthe

Col­la­bo­ra­tion artis­tique Denis Lou­ba­ton
Scé­no­gra­phie Guillaume Dela­veau
Lumières Sébas­tien Michaud
Cos­tumes Anaïs Romand
Musique et son Aline Lous­Ta­lot
Vidéo Fran­çois Weber
Maquillage et coif­fure Véro­nique Pflü­ger
Sta­giaire à la mise en scène Antoine Girard
Tra­duc­tion hébreu Nir Ratz­kovsky
Répé­ti­teur hébreu Zohar Wex­ler

Du 11 mai au 10 juin 2018

Aux Ate­liers Ber­thier 75017 Paris durée 2h15

http://www.theatre-odeon.eu/fr/saison-2017–2018/spectacles/berenice

Pro­duc­tion Centre Dra­ma­tique Natio­nal Besan­çon Franche-Comté
Avec le sou­tien de l’Odéon-théâtre de l’Europe

Le spec­tacle a été créé au CDN Besan­çon Franche-Comté le 24 jan­vier 2018.

Avec le sou­tien du Cercle de l’Odéon.

Le texte de la pièce est dis­po­nible dans de nom­breuses édi­tions de poche.

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