F. Beltran (couleurs) / A. Jodorowsky (scénario), Les Technopères – Tome 6 : « Les secrets du Techno-Vatican »
Les six tomes de la série parus à ce jour relatent la lente ascension d’Albino vers le rang envié de Technopère Suprême
Dans un monde où virtuel et cyber règnent en maîtres, Albino, noble vieillard à la peau blanche devenu « Technopère Suprême », écrit ses mémoires. Les six tomes parus à ce jour relatent sa lente ascension vers ce rang envié : comment il parvient à convaincre sa mère de l’envoyer à la pré-école Techno afin d’y apprendre le métier de créateur de jeu ; puis les différentes épreuves qu’il affronte, au cours desquelles il s’avère un disciple surdoué, bluffant jusqu’à ses éminents professeurs. On frémit à l’idée d’entamer ce nouveau volume, tant le sujet a été vu, revu et archi-vu.
Nos craintes se vérifient à la lecture, « Les Secrets du Techno-Vatican » recèlent aussi peu de surprise et de fantaisie que les tomes précédents : combats spatiaux à grands renforts de rayons laser, affrontements virtuels et cérémonies techno-cléricales à n’en plus finir… On en remettrait presque en question le prestige d’Alexandro Jodorowsky. En vingt-cinq ans, ce dernier s’est imposé comme le maître de ce que l’on pourrait appeler la « BD métaphysique ». Tour à tour artiste contemporain, cinéaste, écrivain, ce touche-à-tout s’est lancé dans la bande dessinée à l’aube des années 80, en créant avec Moebius le personnage de John Difool, et l’incontournable série de l’Incal qui à l’époque méritait le qualificatif d’avantgardiste. De l’eau a coulé sous les ponts depuis ; la vision du futur développée par les auteurs et leur imaginaire ont évolué, tant dans la bande dessinée que dans la littérature et le cinéma.
La saga des Technopères, énième extension de l’univers de l’Incal (succédant ainsi à Avant l’Incal, Après L’Incal, et La Caste des Métabarons) a été entamée en 1998 avec Zoran Janjetov au dessin et Fred Beltran à la couleur. On aurait pu espérer un peu de modernisme et de singularité. C’est pourtant tout le contraire. Jodorowsky nous offre avec Les Technopères une science-fiction furieusement kitsch et datée, sans toutefois s’abriter derrière l’argument du second degré. Le récit repose sur une alternance de combats, réels ou virtuels, et de scènes plus « cérébrales », où l’auteur laisse libre cours à un délire métaphysique, auquel on reste bien souvent éttranger : Je t’ai rêvé séparé de moi dans le monde réel mais tu es aussi virtuel que je le suis.
Ni la mise en scène ni les dessins ne sauvent la mise : l’univers visuel de ce sixième tome se situe quelque part entre Ulysse 31 pour les vaisseaux spatiaux et Musclor – certains passages avec Ramâniyah, déesse mi-femme mi-lionne, frisent le risible. Le tout est très surfait, et les mots composés omniprésents – Techno-ceci, paleo-cela – paraissent vite destinés à cacher la misère du décor en carton-pâte dans lequel évoluent des personnages sans âme, souvent stéréotypés, à la psychologie sommaire. Le graphisme reste étouffant, même s’il s’est quelque peu épuré depuis les premiers tomes. Le dessin surchargé et parfois peu élégant de Janjetov – n’est pas Moebius qui veut – a toujours du mal à se marier à la mise en couleur assistée par ordinateur de Beltran. Ce ne sont pas les effets Photoshop tape-à-l’œil et vulgaires (halos fluo, dégradés numériques, reflets partout), ni les décors virtuels « Chamallow » parfois d’un goût discutable (certains auraient fait d’excellentes jaquettes de compilations techno-trance dans les années 90) qui pallieront ce décalage. On achève la lecture de l’album avec soulagement, agacé et épuisé devant l’agression visuelle que représente chacune des pages.
On mettra donc en garde les aficionados de Science-Fiction contre un risque d’ennui carabiné et on ne saurait que conseiller fortement aux autres d’oublier cet album – et cette série en général, définitivement indigeste.
t. baonde
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Z. Janjetov (dessin) / F. Beltran (couleurs) / A. Jodorowsky (scénario), Les Technopères – Tome 6 : « Les secrets du Techno-Vatican », Les Humanoïdes Associés, 2004, 56 p. – 12,35 €. |
