Général Sarrail, Mon commandement en Orient

Général Sarrail, Mon commandement en Orient

Une relecture critique d’un plaidoyer pro domo

Le général Sarrail est l’un des généraux de la Grande Guerre le moins connu, éclipsé par la gloire de Joffre, Pétain et Foch. Mais il est aussi, comme l’écrit Rémy Porte, « l’un des chefs militaires […] les plus discutés ».

Une personnalité détestable, des liens avec le monde politique de la gauche républicaine ayant constamment favorisé sa carrière, des liens avec les épurateurs francs-maçons du général André, un engagement dans les querelles idéologiques qui déchirent l’armée au tournant des XIX° et XX° siècles, tout cela se conjugue pour en faire un objet de polémiques.

On pourrait donc imaginer l’intérêt des historiens pour un tel personnage. Or, il n’en est rien. Sarrail ne bénéficie « d’aucune biographie complète scientifiquement appuyée ». On dispose néanmoins ses mémoires portant sur la période la plus cruciale de sa vie militaire, celle de son commandement sur l’armée d’Orient, chargée, dans les Balkans, de lutter contre les Empires centraux.

Hélas, ce livre, certes riche en informations, est un plaidoyer pro domo, pêchant par omission, critiques acerbes et injustes, analyses et affirmations peu crédibles. On ne peut alors que se féliciter de la réédition de ces mémoires, accompagnée des annotations et des commentaires d’un grand spécialiste de la période, Rémy Porte.

En effet, depuis la première édition de 1920, l’historiographie de la Première Guerre mondiale a considérablement progressé. Elle s’est intéressée à plusieurs domaines dont celui (cela paraît incroyable… !) de l’histoire politico-militaire. Car le commandement de Sarrail est imprégné d’enjeux politiques, depuis la neutralité de la Grèce jusqu’à l’alliance avec la Serbie, en passant par les relations interalliées avec le Royaume-Uni et l’Italie. Et on n’oubliera pas les passions politiques franco-françaises. D’où l’intérêt de posséder l’appareil critique nécessaire.

Chacune des pages est agrémentée de notes et commentaires très clairs, renvoyant à des références bibliographiques. Le lecteur est ainsi guidé à travers sa lecture. Il peut alors saisir l’immensité de l’effort de justification auquel Sarrail s’adonne dans ses Mémoires, rejetant toujours sur les autres la responsabilité de ses échecs, sur ces incompétents insensibles aux lumières stratégiques et tactiques du chef de l’armée d’Orient.

Cette édition critique résume à elle seule ce qu’est le travail de l’historien.

f. le moal

   
 

Général Sarrail, Mon commandement en Orient, Edition annotée et commentée par Rémy Porte, Soteca, avril 2012, 500 p.- 25,40 €

 
     
 

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