D’un sens à l’autre : entretien avec Philippe Chevallier (Les Français et moi, chroniques drolatiques)

D’un sens à l’autre : entretien avec Philippe Chevallier (Les Français et moi, chroniques drolatiques)

C’est en fumant un cigare, un soir de janvier, « chose que je n’ai pas faite depuis un moment », que Philippe Chevallier a répondu à cette forme de questionnaire de Proust dont l’interrogeant est l’habile sinon heureux plagiaire. Il a donc répondu tout de go, « comme disaient, paraît-il, les créateurs dudit questionnaire qui venaient d’Oxford ou de Cambridge, me suis-je laissé dire ». Le comédien et créateur est un homme modeste. Lui indiquant certains artistes qui avaient répondu à cet exercice, Philippe Chevallier prétend ne pas connaître des susdits à l’exception d’Arrabal (oui il s’agit-il du même) et d’ajouter : « J’ai croisé, dans un gala, il y a longtemps déjà un Verschuren …qui jouait de l’accordéon ; il était très aimable, mais ne s’appelait pas Bob ». Puis d’ajouter : « Petit rectificatif : en relisant la liste de ceux que vous avez interrogés, je me rends compte que j’ai oublié Orlan rencontrée lors d’un vernissage et dont je connais un peu le mari, un garçon charmant qui s’appelle Cuir ! Il fallait quand même que cela fût signalé ! ».

Depuis qu’il use les planches pour notre plaisir, Philippe Chevallier pratique un humour à plusieurs niveaux de lecture en une approche de l’absurde où la littéralité de la bêtise la plus »crasse » prend un aspect intemporel. Pour autant, l’auteur ne se veut jamais moraliste et c’est ce qui fait son charme. Il aime les mots et leurs détournements. Les siens donnent plus la chaire aux cocottes que la chair de poule. Avec sa silhouette d’insomniaque rêveur, il opère avec discrétion rare dans le monde du spectacle. Ne tirant jamais la couverture à lui, l’histrion est l’exemple même de ce qui ne se « fait » plus aujourd’hui : au rentre-dedans il préfère les écarts nonsensiques. C’est pourquoi ses plaisanteries quoique forestières ( surtout lorsqu’il rejoint la Maurienne) sont toujours différentes de celles que les bûcherons de derrière les fagots citent.

Philippe Chevallier, Les Français et moi, chroniques drolatiques, Flammarion, Paris, 2017 – 20,90 €.

Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Le besoin autant que la nécessité : rarement le hasard.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Toujours dans le même état.

A quoi avez-vous renoncé ?
A rien.

D’où venez-vous ?
D’une certaine idée de la France.

Qu’avez-vous reçu en dot ?
Idem

Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Caresser ma petite chienne Chihuahua dont je suis éperdument amoureux.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes?
Si j’en suis un : tout ! sinon : rien !

Comment définiriez-vous votre approche du corps dans vos photographies ?
A la fois académique et impudique.

Comment avez-vous pu mener de concert votre travail photographique et de comédien ?
Par l’alternance, si chère à Montherlant.

Comment écrivez-vous vos textes ?
Avec beaucoup d’inspiration et un peu de transpiration.

Quelle est la première image qui vous interpella ?
Ludmilla Tcherina à la télévision dansant …en collants !

Et votre première lecture ?
« L’Atlantide » de Pierre Benoît.

Quelles musiques écoutez-vous ?
Suis éclectique mais banal : Mozart, Beethoven, Barbara, Brel, Reggiani …hermétique au rap… !

Quel est le livre que vous aimez relire ?
« Voyage au bout de la nuit »…que je ne peux jamais terminer : il fait jour avant…

Quel film vous fait pleurer ? Et celui qui vous fait rire ?
« Quand passent les cigognes »… »Le cave se rebiffe ».

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Un jeune homme qui vieillit.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
A aucun vivant.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Babylone.

Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ?
Céline… Raoul Dufy.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Un peu de sérénité.

Que défendez-vous ?
Une certaine idée de l’humanité.

Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
La jonglerie du paradoxe.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
Elle est une synthèse diablement drôle de la vacuité humaine.

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
Votre questionnaire est exhaustif

Présentation et entretien réalisé par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 10 janvier 2018.

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