Le vagabond du monde occidental : entretien avec l’écrivain Samuel Brussell

Samuell Brus­sell est de ces rares écri­vains capables de sérieux mais tou­jours en s’efforçant de rire (sauf avec les loups). Il parle le monde à l’aune d’une sagesse par­ti­cu­lière. Et d’un humour idem.  Culti­vant le dépla­ce­ment pour ren­con­trer bien des théâtres d’ombres, ne res­tent que des lieux où il n’ose demeu­rer. Son écri­ture est intime mais tout autant géné­rale sous les facé­ties où cer­tains « grands » hommes ne sont que des marion­nettes.
Au besoin, il est cin­glant en pré­fé­rant mieux être seul avec lui-même que sans les autres. D’où la com­plexité d’une œuvre de sagesse nour­rie de Mon­taigne et de Sten­dhal et du Livre. Il fait par­tie des auteurs qui ont des comptes à rendre non seule­ment à la langue mais à l’Histoire. Nour­rie par elles, il fait le tour de la mai­son du monde et de l’être sans en trou­ver la clé : mais l’œuvre suit son cours.

 Entretien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
L’envie de vivre.

Que sont deve­nus vos rêves d’enfant ?
Ils se confondent avec un désir de voir le monde qui ne m’a jamais quitté.

A quoi avez-vous renoncé ?
À convaincre qui que ce soit de quoi que ce soit.

D’où venez-vous ?
Je suis né dans un kib­boutz et je suis resté un kibboutznik.

Qu’avez-vous reçu en dot ?
L’amour de la vie.

Un petit plai­sir — quo­ti­dien ou non ?
Une tasse de thé avec du miel.

Qu’est-ce qui vous dis­tingue des autres écri­vains ?
Tout, puisque chaque écri­vain, comme chaque être, est unique ; rien, puisque l’impulsion est la même : sor­tir de soi et sen­tir le monde.

Com­ment définiriez-vous votre approche du tra­vail de mémoire ?
La mémoire n’est pas un tra­vail : on vit avec elle, elle est l’essence de toute vie, tout ce que je vis est lié à cette source intarissable.

Quelle est la pre­mière image qui vous inter­pella ?
Mon pre­mier sou­ve­nir : un Arabe druze qui me fit faire un tour sur son cha­meau sur les hau­teurs de ma ville natale, Haïfa.

Et votre pre­mière lec­ture ?
La Bible.

Quelles musiques écoutez-vous ?
Le jazz, l’opéra et les musiques folk­lo­riques du monde entier.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
Je relis conti­nuel­le­ment les livres qui m’accompagnent depuis tou­jours – parmi les­quels Mon­taigne et Sten­dhal, les auteurs latins, la Bible – comme on reprend une conver­sa­tion avec des amis qui vous guident dans le dédale de la vie.

Quel film vous fait pleu­rer ?
Avec les années, j’ai appris à rete­nir mes larmes en public, mais j’ai pleuré en regar­dant “Le voleur de bicy­clette” et “La Strada”.

Quand vous vous regar­dez dans un miroir qui voyez-vous ?
Un autre moi-même.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
À un rédacteur-en-chef de journal.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Toutes les villes que j’ai aimées, où j’ai tenté de vivre : Paris, Naples, New York, Bruxelles, Jéru­sa­lem, Trieste, pour en citer quelques-unes.

Quels sont les artistes et écri­vains dont vous vous sen­tez le plus proche ?
Les cinéastes de l’époque du néo­réa­lisme italien.

Qu’aimeriez-vous rece­voir pour votre anni­ver­saire ?
Du cho­co­lat noir, du thé noir.

Que défendez-vous ?
Ma vie, comme tout le monde.

Que vous ins­pire la phrase de Lacan : “L’Amour c’est don­ner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas”  ?
Je ne com­prends pas ce mon­sieur : j’ai ren­con­tré tant d’êtres qui avaient de l’amour en eux et qui étaient prêts à l’offrir et à en rece­voir d’autrui.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : “La réponse est oui mais quelle était la ques­tion ?“
Une réponse talmudique.

Quelle ques­tion ai-je oublié de vous poser ?
Si je ne me suis pas ennuyé à répondre à cette inter­view : la réponse est non.

Entre­tien et pré­sen­ta­tion réa­li­sés par  jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 26 sep­tembre 2017.

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