Tatiana de Rosnay, Rose

Tatiana de Rosnay, Rose

Balade dans le Paris disparu

Sous le Second Empire, Paris subit les transformations monumentales voulues par l’empereur et orchestrées par le préfet Haussmann. Nombre de ruelles sombres et insalubres sont rasées pour faire place à de larges artères bordées d’arbres et de tout nouveaux lampadaires. Les Parisiens sont divisés face à ces bouleversements. Rose Bazelet, une veuve d’âge respectable, vit dans une confortable demeure de la rue Childebert. Dans le voisinage, on redoute les travaux prévus pour la jonction entre le boulevard Saint-Germain et la rue de Rennes.
Si certains se persuadent, alors que les coups de pioche approchent, que leur rue sera protégée par sa proximité avec l’église Saint-Germain-des-Prés (« ils ne toucheront pas à l’église« ), ils ont tort. Un matin, la lettre fatale arrive dans les foyers du quartier. C’est un avis d’expulsion. Chaque habitant de la rue prend la chose à sa façon. Il y a les résignés, qui empochent la prime et en profitent pour aller refaire leur vie ailleurs, loin du fracas et de la poussière de cette ville qui « perd son âme« .
Il y a aussi ceux qui, pour la forme, vont se plaindre aux autorités, espérant secrètement une rallonge. Enfin, il y a une poignée d’irréductibles (les propriétaires du restaurant Chez Paulette, le libraire, la fleuriste…), qui tente de se battre jusqu’au bout. De pétitions en visites chez le préfet, ils doivent bientôt se rendre à l’évidence : David n’aura pas, cette fois, raison de Goliath. Mme Rose, elle, a fait une promesse à son défunt mari : elle ne quittera pas leur maison.
Recluse, obligée de se cacher pour ne pas être emmenée de force, elle se terre, aidée par un chiffonnier au grand cœur, et consigne dans une série de lettres écrites à son défunt mari, Armand, son quotidien, ses souvenirs et finalement son terrible secret.

Ce roman d’une auteure française – Tatiana de Rosnay est franco-anglaise, et Elle s’appelait Sarah a fait d’elle la française la plus lue aux Etats-Unis – qui écrit en anglais est donc une traduction. Mis à part cette apparente incongruité, Tatiana de rosnay connaît manifestement bien Paris, où elle a grandi.
Rose n’est pas envisagé comme une critique du modernisme – certains de ses personnages défendent, un peu mollement toutefois, ce « Paris nouveau » – mais plutôt comme un témoignage de ce qu’ont pu ressentir les centaines d’expulsés de force, les vraies victimes de ces grands travaux, auxquels on oublie toujours de penser quand on admire les longues avenues et les bâtiments élégants de l’époque du « baron ». Rose, elle, les trouve « immenses et blafards » pour les uns, et « d’une monotonie rectiligne » pour les autres. Elle abhorre « tout ce clinquant, ce paraître, cette vanité » que lui inspire cette ville qu’elle ne reconnaît plus : « j’eus le sentiment que Paris s’était transformée en une vieille catin rougeaude se pavanant dans ses jupons froufroutants.« 

L’histoire est passionnante, et vaut surtout pour les détails d’époque – le quotidien et les petits métiers disparus – et la toile de fond historique – l’attentat contre l’empereur près du vieil Opéra, rue Peletier, les révoltes incessantes du peuple de Paris qui conduiront quelques années plus tard à la Commune, l’inauguration des nouveaux boulevards Malesherbes, Sébastopol… et la vie d’un quartier que Tatiana de Rosnay fait revivre avec talent.

agathe de lastyns

 

   
 

Tatiana de Rosnay, Rose, traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Raymond Clarinard, éditions Héloïse d’Ormesson, mars 2011, 256 p.- 19,00 €

 
   

 

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