Laurent Gaude, Ouragan

Laurent Gaude, Ouragan

Le style de Laurent Gaudé est intact, précis

À’attends toujours avec beaucoup d’enthousiasme la sortie d’un roman de Laurent Gaudé. Ouragan, comme les autres récits de l’auteur, est né d’un fait réel, l’ouragan Katrina qui a ravagé la Nouvelle Orléans, sur lequel germe son imagination romanesque. Il nous a déjà habitués à décrire l’homme sous sa plus vile facette… Mais, cette fois-ci, il va un peu trop loin, il en rajoute.
Son raisonnement part d’une punition de Dieu qui jette son anathème sur cette ville, berceau de la ségrégation et du racisme où les noirs ont été longtemps persécutés. Après la tempête, le déluge puis un répit de courte durée avant que les eaux ne montent et ne viennent tout engloutir une fois les digues rompues. Les images bibliques de l’Arche de Noé sont bien présentes, les évangiles aussi avec ce prêtre, en proie au doute quant à sa foi et à son engagement, qui comprend que Dieu le met à l’épreuve en lui demandant de tuer les êtres qui ont pu être sauvés des eaux.

Le premier à se présenter est un enfant, qu’il épargne… par miracle. Il s’en prendra à des prisonniers fugitifs puis à un homme revenu dans la ville pour retrouver un amour perdu six ans auparavant. Le sanglot de l’homme blanc est ici enseveli par une réalité historique d’un peuple noir persécuté depuis plus de quatre siècles. Il n’est plus alors question de culpabilité mais seulement d’une constatation : l’homme est allé trop loin. Non seulement il a exploité et tué ses semblables, mais il s’en prend aujourd’hui à la nature pour la mutiler et l’anéantir. La main divine doit donc arrêter cette course effrénée en provoquant des dérèglements climatiques et leurs conséquences dramatiques pour les hommes.

 

Le style de Laurent Gaudé est intact, précis, terriblement imagé, direct avec l’usage régulier de la première personne incarnée par Joséphine Linc. Steelson, négresse depuis presque cent ans, qui va nous conter sa vie durant tout le roman et nous bercer de son chant lancinant. S’offrent à nos yeux les bayous, les lianes, les jacinthes et les nénuphars, l’eau qui est partout, cette si belle nature souillée par le Mal commis par l’Homme.
Lire Ouragan, c’est regarder Minuit, dans le jardin du bien et du mal, chef d’œuvre de l’inénarrable Clint Eastwood adapté du roman éponyme écrit par John Berendt, qui nous raconte Savannah, ville de Géorgie et le mystérieux jugement de Jim Williams amateur d’art et point central de l’intrigue.

Le récit de Laurent Gaudé est comme l’œuvre du célèbre réalisateur ; elle est la représentation d’un état d’esprit, celui de la Louisiane.
L’auteur plonge dans cette atmosphère si particulière du sud des Etats-Unis. Il en visite les lieux, les coutumes, les icônes et les fantômes, pour mieux développer les thématiques qui lui sont chères. Je vous conseille tout de même cette belle littérature, un peu emphatique, mais qui vous emmène loin de notre quotidien, certes, tout en nous dérangeant.
Laurent Gaudé vous permet de réfléchir non pas d’un point de vue politique ou journalistique, mais d’un point de vue romanesque. Là est son talent.

Geneviève Marc

 

   
 

Laurent Gaude, Ouragan, Actes Sud, août 2010, 189 p. – 18,00 €

 
     

 

 

 

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