Celui qui a lu avant de savoir lire : entretien avec le poète et éditeur Ghislain Ripault
Ghislain Ripault, après des études de philosophie à Nanterre (de la grande époque), enseigne trois ans au Maroc (1968-1971). L’expérience sera cruciale. D’origine prolétaire par ses parents, il devient un militant de la littérature. Il fonde les revues « Barbare » et « Mot pour mot », collabore à des revues aussi différentes que « Esprit », « Afrique-Asie », « Politis ». Editeur il publie de nombreux auteurs dont le poète marocain (emprisonné à l’époque) A. Laâbi, le romancier vietnamien Duyên Anh. Le plus souvent il a sacrifié son propre travail littéraire pour se mettre au service des autres.
Entretien :
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
L’habitude.
Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Qu’ils reposent en paix.
A quoi avez-vous renoncé ?
À ne pas (trop) renoncer ?
D’où venez-vous ?
Comme tout, toutes et tous : d’un bing et d’un bang de cosmique troupier.
Qu’avez-vous reçu en « héritage » ?
Rien que je sache. Ce qui m’a laissé des perspectives.
Qu’avez vous dû « plaquer » pour votre travail ?
?
Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Être encore vivant ?
Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Demandez-leur.
Comment définiriez-vous votre approche de l’essence humaine ?
Je ne conduis aucun véhicule, je ne connais donc rien aux sortes d’essence.
Quelle fut l’image première qui esthétiquement vous interpella ?
Aucun souvenir des dessins pariétaux matriciels.
Et votre première lecture ?
J’ai lu avant de savoir lire, dit la légende familiale. Tout, n’importe quoi et leurs contraires. Il se peut que j’en sois pas sorti aussi indemne que je crois.
Quelles musiques écoutez-vous ?
Du jazz tendance Coltrane, Ayler, Monk, Mingus et maints autres des années 60-70, avec toutes sortes de découvertes depuis ce bain primordial et de tous pays. Et le manouche. J’aime aussi Satie… et l’accordéon des bals populaires, ajoutons Piazzola, et Marc Perrone…
Quel est le livre que vous aimez relire ?
Longtemps ce fut Un enfant du pays de Richard Wright, découvert à 14 ans grâce au Livre de Poche, collection sans laquelle j’aurais été un lecteur économiquement contrarié.
Quel film vous fait pleurer ?
De rire : l’épouvante!
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Un miroir, qu’est-ce que c’est que ça ?
A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
À mon ombre, qui m’en tient quelque rancune et me colle aux basques comme dans un mauvais polar.
Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
?
Quels sont les écrivains et artistes dont vous vous sentez le plus proche ?
Il y en a beaucoup, donc pas de jaloux dans mon pré rectangulaire.
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Surtout, depuis quelques années, qu’on ne me le fête pas !
Que défendez-vous ?
?
Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
Problèmes de riches.
Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ?« .
La réponse est non vaut aussi.
Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
Que pensez-vous de ce questionnaire ?
Présentation et entretien réalisés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com,le 5 juin 2017.