L’état de siège (Albert Camus / Emmanuel Demarcy-Mota)
Cela commence par un slow. Plusieurs personnes du public sont invitées à danser paisiblement sur scène. Ces quelques moments de quiétude sont interrompus par une sirène, qui met brutalement tout le monde en alerte. L’effet de rupture donne lieu à de brusques déplacements, à des mouvements de panique. Les dialogues disent d’emblée la prétention du propos : les registres médicaux, politiques et cosmiques apparaissent liés. Déclarations tonitruantes, principes censés inflexibles, normes posées comme irrépressibles : les propos des nouveaux ténors, travestis en souverains de pacotille, répandent la terreur.
Les dialogues expriment le doute et le trouble face à l’indétermination de la menace. Il s’agit d’une métaphore de l’insémination pathologique. Fréquemment les répliques ont des résonances totalitaires et métaphysiques. Camus fait de l’infection contagieuse le symbole du pouvoir oppresseur.
A travers un conte fantastique, il s’agit de montrer combien le totalitarisme s’insinue de façon insidieuse, par le consentement tacite d’une population victimisée. La peste est ce qui sépare tout, ce qui par suite fait triompher l’égoïsme. Le totalitaire pense le collectif à partir du tout ; il abolit la politique, qui renvoie le collectif à ses impuissances constitutives. La représentation constitue finalement un hymne romantique à la sentimentalité, à l’amour d’abnégation.
Une fresque ambitieuse, qui souffre de son procédé explicite. Elle mêle tant de registres qu’elle risque de saturer finalement le sens. Emmanuel Demarcy-Motta choisit comme souvent la surdétermination, redoublant la thématique avec force artifices. Il épouse le propos de Camus au point de le rendre trop démonstratif. Mais le spectacle est généreux et les comédiens sont irréprochables : ils parviennent à donner corps à leur personnage générique.
christophe giolito
L’état de siège
d’Albert Camus
Mise en scène Emmanuel Demarcy-Mota
Avec la Troupe du Théâtre de la Ville
avec
Serge Maggiani, Hugues Quester, Alain Libolt, Valérie Dashwood, Matthieu Dessertine, Jauris Casanova, Philippe Demarle, Sandra Faure, Sarah Karbasnikoff, Hannah Levin Seiderman, Gérald Maillet, Walter N’Guyen, Pascal Vuillemot & en alternance Ilies Amellah, Joséphine Loriou, Chiara Vergne
Assistant à la mise en scène Christophe Lemaire ; scénographie Yves Collet ; lumières Yves Collet & Christophe Lemaire ; conseiller artistique François Regnault ; création sonore David Lesser ; création vidéo Mike Guermyet ; costumes Fanny Brouste ; maquillage Catherine Nicolas ; accessoiriste Griet de Vis ; masques Anne Leray ; 2e assistante à la mise en scène Julie Peigné ; assistant lumières Thomas Falinower ; assistante scénographie Clémence Bezat ; assistantes costumes Hélène Chancerel, Albane Cheneau, Élodie Lorion, Peggy Sturm ; assistante masques Patty Robinet ; habilleuse Séverine Gohier ; travail vocal Maryse Martines.
Théâtre de la Ville-Paris à l’Espace Pierre Cardin 1 Avenue Gabriel, 75008 Paris Du 8 mars au 1er avril 2017 durée 1h50 à 20h30 sauf les dimanches à 15h.
Théâtre national de Bretagne Rennes 1 rue Saint-Hélier, CS 54007-35040 Rennes Cedex Du 25 avril au 6 mai à 20h.
Le spectacle sera repris à l’Espace Pierre Cardin lors de la saison 2017/2018.
Coproduction Les Théâtres de la Ville de Luxembourg -Théâtre national de Bretagne-Rennes – BAM (Brooklyn Academy of Music-New York). Avec la participation artistique du Jeune Théâtre national.
La pièce L’Etat de siège (1948) est éditée chez Gallimard collection « Folio » (1998).
