Jean-Claude Bélégou, Ici et maintenant
Pour Jean-Claude Bélégou et comme il l’écrit « Outre ce qui peut relever de l’iconographie, du genre, ou du propos, toute série est la mise en place d’un nouveau dispositif, d’une nouvelle recherche formelle ». Dans une perpétuelle quête du sens après des séries méditatives (Les Humbles, Les Chambres) où celles des jeux de variations sur les lumières des temps et saisons (Nuits d’été), sa nouvelle série repense les effets du flash.
L’auteur l’avait déjà utilisé selon divers angles, entre autres et récemment dans Artiste & Modèle(s) et Atelier. Ici, l’éclair du flash direct est utilisé pour sa capacité à créer des aplats de couleurs et de perspective d’ombres et de lumières en « l’opposition des lieux et des stratégies : demeurer et persister/ partir et abandonner ».
Jouant d’une fausse indolence du « sujet », le photographe brouille le réel même si celui-ci ne semble pas bouger selon un cadre qui reste aimable puisqu’il semble correspondre à la géométrie de l’œil. Néanmoins, demeure toujours – grâce à l’instant rapide de la prise – un suspens. Une « brume » demeure en ce qui tient d’un flottement implicite.
Quoique franche, la saisie crée une complexification, une subversion, un approfondissement des données immédiates où s’insinue l’épouvante du paisible.
Se déroule Ici et maintenant un récit qui ne veut être d’aucune histoire sinon celle de la prise. Il n’existe pas seulement la passion du suspens mais aussi une sorte de marche forcée dans le réel le plus simple et dont l’artiste nous fait rater des épisodes puisque la narration « romanesque » n’est plus le sujet.
Bélégou n’agit pas sur un mode cumulatif mais sur le contrepoint d’un ceci ou d’un cela. Si bien que, comme ses modèles, il semble nous mettre dans son trimard photographique en attente à perpétuité pour comprendre que ce qui se passe est non « à » mais « dans » l’image. Bon bougre, il fait cependant de nous et de ses sensuelles passeuses et interprètes des captifs volontaires mais provisoires.
jean-paul gavard-perret
Jean-Claude Bélégou, Ici et maintenant.
