En attendant la question dernière : entretien avec Lucien Suel (Ni bruit ni fureur & Angèle ou le Syndrome de la wassingue)
Au feu d’artifice qui fait se pâmer les amateurs de Renoir (père), Suel préfère son filigrane qui subordonne la lumière à l’exaltation des intervalles. Parfois, le poème semble n’appartenir ni aux circuits électriques du cerveau de l’auteur ni à la mécanique des choses : existe une autonomie particulière de « lalangue » (Prigent). Mais cela s’apparente de fait à la nature humaine. Lorsque Suel la fait parler, sa mâchoire inférieure sort de son logement et ses incisives effleurent la pointe du nez. Mais qu’on se rassure : elle revient à sa position initiale eu égard à la nature caoutchouteuse mais tyrannique du syndrome existentiel, qu’il soit de Wassingue ou d’ailleurs.
Parutions en mars 2017 :
– Ni bruit ni fureur (poésie aux éditions La Table Ronde) et
– Angèle ou le Syndrome de la wassingue (roman aux éditions Cours toujours)
Entretien :
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
Le jour nouveau
Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Ils se réalisent lentement de jour en jour
A quoi avez-vous renoncé ?
A changer le monde.
D’où venez-vous ?
Des temps anciens.
Qu’avez-vous reçu en dot ?
L’obstination.
Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Boire une gorgée de café après avoir mangé quelques noix.
Qu’est-ce qui vous distingue des autres poètes ?
Mon nom et mon histoire.
Quelle est la première image qui vous interpella ?
Un dessin représentant la résurrection des corps.
Et votre première lecture ?
« Le comte de Monte Christo ».
Quelles musiques écoutez-vous ?
Jazz be-bop et free jazz (Sun Ra), rock classique (Elvis Presley, Rolling Stones…) ou déjanté (Captain Beefheart, Daniel Johnston), bossa nova, reggae, Bob Dylan, Johnny Cash…
Quel est le livre que vous aimez relire ?
« La moisson rouge ».
Quel film vous fait pleurer ?
« Les dialogues des Carmélites ».
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Le Temps qui passe.
A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
A William Burroughs.
Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Istanbul (Byzance, Constantinople).
Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ?
Andréi Tarkovski, Jack Kerouac, Vincent Van Gogh, Ivar Ch’Vavar…
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Une nouvelle paire de boots en cuir noir, taille 44.
Que défendez-vous ?
La liberté.
Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
A vouloir faire le malin, on peut finir par dire n’importe quoi.
Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
Est-il possible de dire oui ?
Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
La question dernière.
Présentation et entretien réalisés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 5 avril 2017.