Roland Topor, Le monde selon Topor (exposition)
Topor, derrière ses facéties, a toujours fait sienne la règle de la sincérité tout en cassant un « éthos » par une obscénité au second degré. Son art et sa poésie représentent non un défouloir mais un exutoire, un cri total, profond et absurde d’amour à la vie. Et si toujours chez l’artiste la culpabilité est présente, il finit par s’en tirer en créant des mensonges qui – et comme il l’écrivait – « tapent dans le mille, au pif ».
Par ce biais, Topor revendique moins une satisfaction pulsionnelle que la mise en exergue du gain absolu de la folie qui donne paradoxalement à l’être un équilibre aussi bien entre les émois du cœur que ceux du corps. L’œuvre fait comprendre ce qui donne poids et légèreté à la vie et devient une propédeutique pour comprendre par le non-sens (un homme sans visage possède ses yeux dans les oreilles, dans un ciel couvert de nuage un sexe de femme vient porter la lumière sur un village) ce qu’il en est du sens.
L‘être se gonfle ainsi d’une nécessaire force de vie. L’auteur a beau signaler quelques désenchantements, néanmoins, dans son « monde », le moindre brin devient bien vite poutre maîtresse. L’excès existe par des évocations dont paradoxalement l’humour actualise une forme de « possible » : soudain une grive caquette sa philocalie, Icare tombe des nues mais poursuit sa rechute entropique.
jean-paul gavard-perret
Roland Topor, Le monde selon Topor, B.N.F., Site François Mitterrand, 28 mars – 16 juillet 2017.
Publication : Le monde selon Topor Textes, Coédition BnF Editions / Les Cahiers dessinés, 2017, 240 p. – 43,00 €.