Antoinette Rychner, Arlette

Extases des­truc­trices

Arlette est l’héroïne épo­nyme de la der­nière pièce d’Antoinette Rych­ner (qui fait suite à Delta Sto­rage). Comme pré­vient à juste titre l’artiste, il n’y sera nul­le­ment ques­tion d’Arlette Laguiller : « je vous invite d’emblée à écar­ter cette piste. L’Arlette que voici ne lutte pas dans l’arène poli­tique. Et je serais éton­née qu’elle ait été ou soit un jour can­di­date aux pré­si­den­tielles ». Elle a bien mieux à faire. En effet, son père est soit mou­rant, soit sur le point de se rema­rier (ce qui est un peu la même chose) ; sa sœur tente d’entrer dans des vête­ments en essayant de contre­car­rer les lois de la phy­sique volu­mique. Quant à l’héroïne elle-même, cer­ner sa psy­cho­lo­gie n’a rien d’une siné­cure. Une cure de ciné serait peut-être plus adéquate.

Post-adolescente qui voue un culte aux Dead Ken­ne­dys, céli­ba­taire sur le point de s’envoyer en l’air sans besoin d’ascenseur, femme d’âge mûre presque sou­mise aux affres de la méno­pause : tout est pos­sible. D’autant que dans sa tête le brouillard est de mise : elle confond les faits et les gens ; il se peut donc qu’elle soit qua­si­ment une vieillarde flir­tant avec Alz­hei­mer. Mais tout n’est peut-être qu’habiles stra­ta­gèmes.
Il s’agit de se pro­té­ger, de ren­con­trer les autres de manière sin­cère ou pure­ment arti­fi­cielle, his­toire de pas­ser le temps et de sur­tout ne rien en faire. Si bien qu’à la limite la par­leuse n’est que — comme Mélen­chon à Paris — un holo­gramme, une chose énig­ma­tique, une vacuité musi­cale sur laquelle se déposent des mots comme des notes musi­cales juste pour tou­cher la grâce de l’air.

Les ouver­tures qu’Arlette pro­pose échappent aux détails. Son exis­tence n’est qu’une ligne frac­tu­rée, les deux se joignent selon la pro­gres­sion d’un vide inépui­sable. Il convient donc, sui­vant ce que le cœur vous en dit, de railler ou de ral­lier ses aspi­ra­tions, de s’emparer ou non de ses abîmes de per­plexité. Tout tient d’un hasard quasi exo­tique. Les lignes de vie et de vue se perdent à force d’être éclai­rées par des varia­tions qui dépaysent les limites de notre rai­son.
Aux adeptes des iden­ti­tés trou­blées, un tel texte est donc plus que conseillé. La conquête psy­chique d’un tel ava­tar de van­tar­dises crée le manque. Celui-ci peut creu­ser les angoisses. Ou ravir tout simplement.

jean-paul gavard-perret

Antoi­nette Rych­ner, Arlette, Edi­tions Les Soli­taires Intem­pes­tifs, Paris, 2017.

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