Jam, Poésies en langue savoyarde
Jean-Alfred Mogenet l’insoumis
Jean-Alfred Mogenet – aka Jam – (1862-1939) serait sans doute offusqué de la dénomination d’insoumis même s’il le fut à sa façon. Bon élève et bon chrétien, il caressa le projet de devenir prêtre et est même admis à recevoir l’habit religieux sous la caution d’un autre savoyard : Saint François de Salles. Mais après bien des pérégrinations et un détour par l’Afrique (d’où il tire son premier et seul livre (Le Congo français, écho de ses désillusions « coloniales »),il change de cap tout en restant fidèle au catholicisme. C’est lors de son séjour à Paris en tant que « chef inspecteur des cuisines » à La Samaritaine qu’il commence à écrire ses 112 poèmes en patois dont une petite moitié sera publiée dans l’Echo des paroisses du Haut Giffre puis dans le Bulletin paroissial de Samoëns.
Celui qui fut surnommé « Jésus-Christ » par les vendeuses de La Samaritaine eu égard à son passé et sa barbe et en dépit du lieu de publication de ses textes n’est pas un écrivain « religieux » mais un poète. Choisissant le plus souvent l’octosyllabe, Jam y trouve une forme ramassée et simple propre à évoquer son sujet de prédilection : la vie paysanne et montagnarde, loin de la mythologie rurale propre à une autre poétesse savoyarde : Amélie Gex. Jam aime les outils primitifs, les vieilles maisons « qui déplaisent au préfet ». Et le choix du patois n’est donc pas anodin.
A une époque où le centralisme imposait une langue standard, le natif du Faucigny revendique une différence propre à ravir des poètes du temps tel que le franco-genevois Valère Novarina. Le plus souvent chez lui les objets ont une âme et les êtres sont riches moins de parures que de vie intérieure. Il en va d’une femme âgée comme de la luge à roues : « Elle est si vieille ! Elle a renoncé / Pour de bon à se faire voir ». Preuve que l’humour n’est pas absent de cette œuvre offerte ici en version originale et en français.
Au moment où les patoisants des Savoie deviennent rarissimes, publier une telle œuvre permet d’abord de saluer une œuvre tout sauf anecdotique et de remettre à l’honneur une langue qui, entre celles d’Oïl et d’Oc, et tout en n’étant pas vraiment le franco-provençal ramène une musique particulière. La dévotion y est moins à la croix qu’à la terre. Préférant au lyrisme et à l’outrance les dégagements plus prégnants, Jam reste le poète de l’émotion intacte
jean-paul gavard-perret
Jam, Poésies en langue savoyarde (avec traduction en français par Marc Bron, préface de Rémi Mogenet), Editions Le Tour, Samoëns, 2017, 168 p. – 12,00 €.
One thought on “Jam, Poésies en langue savoyarde”
Rémi Mogenet et JPGP conjugués . Beau cadeau de grande et nouvelle année !