Amélie Adamo & Anya Belyat-Giunta, Poupée rus(s)e
Croyantes envers la beauté, le monde, la beauté du monde, Amelie Adamo & Anya Belyat-Giunta ne se contentent pas de se prosterner devant elles et devant lui. Elles sont assez lucide pour l’éprouver mais suffisamment « folles » pour ne pas s’y limiter. Le texte d’Amelie et les œuvres plastiques d’Anya créent un parcours inachevable à travers une série de courts-circuits où l’humour devient la taupe dormante.
Ecrire ou montrer le monde revient à reconnaître que toutes ses significations demeurent en suspens tant que l’on n’a pas achevé de se comprendre soi-même. Mais cela est impossible. Il y faut, comme le titre l’indique, de la ruse. Mais comme il l’indique aussi, le moi comme le monde est un oignon : chaque couche en cache une autre. Au revers de soi, tapie dans l’ombre de la précédente, elle s’imbrique déjà dans la suivante. Si bien que le jeu de la nudité lui-même ne représente plus rien.
« Vénus Mater Déesse / Muse Madone Princesse / Gueule d’amour », telles sont les facettes de celle qui est elle-même et une autre en « boucles d’or, boucles d’ébènes » – à ce titre elle serait une bénédiction pour le prochain livre de J-J Schuhl… Quant aux oeuvres plastiques, elles enfoncent le clou au milieu de seins de glace, de cheveux d’ange noir en disant ce que les mots ne montrent pas. La permanence dévoilée est une fluctuation entre le domaine du masque et l’insurrection vitale.
Le paraître et l’être, le bien et le mal ne font qu’un. Les deux créatrices expriment une vérité absente par deux langages capables de soulever l’espace creusé entre dissimulation et dévoilement. Les deux vont de pair car rien n’est blanc ou noir. Quand l’être ou le monde dévoile un aspect de sa beauté, un autre masque apparaît.
Certes, sous sa dentelle la poupée apparaît. Néanmoins, en plus belle femme du monde, elle ne peut donner que ce qu’elle est : « Est-ce moi qui l’imite ? / Est-ce le soleil en moi ?/ Suis-je sur elle robe de glace ? Laquelle vraie ? Laquelle ment ? ». Toutes sans doute, ce qui n’empêche pas au plaisir d’éclater sous sa vulve « satin rose » en spasmes.
jean-paul gavard-perret
Amélie Adamo & Anya Belyat-Giunta, Poupée rus(s)e, A/OVER editions, Paris, 2016.
