Lionel Bayol-Themines, High Land
Dialectique entre paysage et regardeur
Lionel Bayol-Themines capture du réel pour un autre but que le simple « reportage ». L’interrogation peut se résumer ainsi : « Et vous, vous savez ce qu’il en est du paysage? ». Il prend ici un caractère aussi impressionniste qu’expressionniste dans la massification des lieux et leurs neiges éternelles au moment où l’image photographique lie la quête artistique et la recherche existentielle.
Le leporello offre une montagne magique en un cérémonial classique d’où jaillissent des pensées en abîmes par effet de cimes et des émotions extatiques. Un présent immuable remplace le morcellement sinistre des instants. Par la pérennité des éléments premiers, le présent n’est plus un point insignifiant entre le poids d’un passé nécrosé et la vanité d’un avenir douteux.
Il faut en conséquence se laisser porter par le surgissement d’éternité du paysage ailé. Plus que l’observation du monde jaillit un mouvement dialectique entre le paysage et le regardeur. Se croisent et s’entrecroisent des harmonies telluriques et éthérées au moment où l’esthétique du noir et au blanc soulève des vagues de matière.
Le surgissement des neiges éternelles neutralise l’anecdote pour n’offrir que l’essentialité des hauts espaces et leur dimension fascinante, leurs fonds de sensualité mais aussi de métaphysique puisqu’une telle présence nous dépasse.
jean-paul gavard-perret
Lionel Bayol-Themines, High Land, Editions Enigmatiques, 2016.