Marc Bergère & Myriam Eck, Calanques, XXI & XXII
Alain Freixe a créé une superbe collection aux Cahiers du Museur : sous format d’un feuillet A3, papier Moulin du coq, grain torchon, 325 g plié en deux, il l’a intitulé « À côté ». C’est – écrit l’éditeur et poète – « un nom de pays. Celui du regard qui bondit du texte à l’image à moins que ce ne soit l’inverse, contredisant la « belle page » typographique ! ».
Plutôt que la ligne droite, la collection préfère donc l’oblique, les chemins de traverse, la dérive, le décalage, la brèche, le chassé croisé. C’est pourquoi Myriam Eck s’y trouve à l’aise. Entre Bergère et elle se crée un rite : chacun offre sa mise pour qu’elle se perde dans la partition de l’autre selon une correspondance qui évite tout effet d’illustration.
Entre terroir et errance, la poésie et l’art ne peuvent être traités comme des passants. Ils coupent, rebroussent le passage ou l’emportent. Le livre devient par son projet même table rase des simples effets de réel et une conduite forcée. La “ clôture ” est donc une ouverture, son horizon une perte. Ne reste que la danse des calanques. Il faut s’y confronter : habiter ou passer.
Et si, trop souvent peut-être, la poésie ne peut se situer qu’à proximité de l’élégie, ici le duo des créateurs permet de ne pas y plonger. La juxtaposition évite paradoxalement les circonvolutions superfétatoires. Manière d’exorciser toute complaisance qui donne à la “ folie de croire, d’entrevoir, de croire entrevoir ” (Beckett) autre chose qu’un constat minimal : brillent tous les éclats que le langage peut donner : quelle qu’en soit sa nature, le charme opère.
jean-paul gavard-perret
Marc Bergère & Myriam Eck, Calanques, XXI & XXII, Editions Les Cahiers du Museur, coll. « A côté », 2016.
One thought on “Marc Bergère & Myriam Eck, Calanques, XXI & XXII”
Bonjour Monsieur
Grand merci pour cette recension du premier livre d’artiste qu’il m’a été donné de réaliser grâce à Myriam Eck & Alain Freixe ; cordialement – marc bergère.