Pierre Chappuis, Dans la lumière sourde de ce jardin
Pierre Chappuis aime le paysage, moins pour le décrire que pour voir ce qu’il suscite dans l’intime. Souvent parce que celui là est « sombre et touffu (…) / Le regard même s’y égratigne ». Il faut donc prendre garde à ce qu’on voit et ce qu’on entend.
A ce titre, l’espace poétique lui-même devient lacunaire. Manière d’aérer la plénitude. Comme si l’être n’était pas fait pour elle. Du moins pas complètement, pas en totalité. Même les phrases doivent se tronquer pour peser sur l’espace blanc intercalaire. Et tout ce que ce « suspens » génère. Preuve que la poésie est aussi affaire de silence.
Le poème devient gouffre instrumental dans son archéologie de l’humain via le paysage. Chappuis le fouille au sein d’une dynamique en rien régressive. Chaque poème devient une masse grouillante, aérée capable de provoquer l’accommodation nécessaire pour que vibre le mystère de l’être, en lui donnant une sorte d’équivalence à travers l’imaginaire et le réel.
Le livre n’est donc pas une simple narration ou évocation mais une mise à nu. Se mène en son sein l’enquête aux tréfonds de l’humain afin d’en retrouver une puissance non contaminée par des perspectives morales ou psychologiques. Elles ne sont que des défauts de perspectives ou d’anachronismes – comme l’avait déjà perçu Artaud.
jean-paul gavard-perret
Pierre Chappuis, Dans la lumière sourde de ce jardin, éditions Corti, 2016, Paris.