Celle qui pleure à l’élection de Miss France et devant un Greco : entretien avec l’artiste Isabel Aguera.

Celle qui pleure à l’élection de Miss France et devant un Greco : entretien avec l’artiste Isabel Aguera.

Celle qui pleure devant l’élection de Miss France comme devant un Greco et que les chansons à texte emmerde ne peut pas être mauvaise. Comme dit une actrice célèbre, elle doit même être « une belle personne ». Et de plus, elle peint bien. Ces toiles sont profondes, sombres et pourtant une certain humour s’en dégage. Le lyrisme mouvementé est pimenté, entre autres, d’animaux. On se demande ce qu’ils viennent faire là. D’où le charme. Chaque toile ne fait jamais obstacle à l’épanouissement et au plaisir. Elle devient le lieu du changement. Le réel est au besoin brocardé cruellement. A l’humanisme font place les animaux qui nous hantent. Les poules tentent de voler pour faire plaisir à l’artiste même si elles ont mieux à faire : à savoir couver des œufs de plâtre. C’est pour elles s’adonner à leur plaisir solitaire dans l’indifférence générale.

 Entretien : 

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
La règle des trois C ou la visite matinale d’un collectionneur….

Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Ils s’épanouissent suffisamment pour que je ne les perde pas de vue en les poursuivant,  selon les bons conseils d’Oscar Wilde.

A quoi avez-vous renoncé ?
À l’avenir qui appartient à ceux qui se lèvent tôt.

D’où venez-vous ?
D’une nuit d’amour torride en hiver il y a quelques années.

Qu’avez-vous reçu en dot ?
Une rock’n’roll attitude, l’humour et la bienveillance.

Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Un petit bedo.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ?
Joker.

Quelle est la première image qui vous interpella ?
Une petite tapisserie dans ma chambre représentant la fable  » Le loup et l’agneau » ;  une tragédie était déjà à l’oeuvre sur les murs de mon enfance !

Et votre première lecture ?
Des histoires d’amours à deux balles que je lisais en cachette , enfermée dans les toilettes. 11 ans.

Pourquoi votre attirance pour la figuration animale ?
C’est la question que j’évite de me poser. Je n’ai pas plus de stratégie dans l’acte de peindre que dans ma carrière professionnelle !
Je n’ai pas plus d’attirance pour la figuration animale que toute autre figuration. Tout est sujet de peinture. L’acte de peindre se déroule de façon assez empirique mais toujours relié à des éléments figuratifs. C’est vrai que l’animale m’offre un vaste champ de possibilités d’écriture et de projection, une énergie dans l’élan du trait qui laisse libre cours à un imaginaire nourri par une dérision, une approche décalée et amusée, en opposition à une représentation morbide.
Mes animaux défient la mort et se rient de tout. Enfin bref, ce qui compte c’est que la toile soit bonne.

Quelles musiques écoutez-vous ?
Rock, electro, classique, pas de « chansons à textes »… Ca m’emmerde.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
« Le Maitre et Marguerite »
. Une tuerie.

Quel film vous fait pleurer ?
Les films qui ne sont pas faits pour.

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Etonnamment… moi.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
A moi-même. J’ai peur de ma réaction.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Vosnon.

Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche ?
Je peux me sentir proche, émue, renversée par une oeuvre et me sentir à des années lumières de l’ artiste. Je me sens plus proche de l’œuvre que de l’auteur. La liste est longue. Je pleure devant un Greco ou un Twombly (mais je pleure aussi devant l’élection de miss France, comme quoi… )

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Une baguette magique, sinon un lave-vaisselle.

Que défendez-vous ?
Rien, je me bats, d’ailleurs je fatigue un peu…

Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
Je ne sais pas qui est ce monsieur mais il devrait consulter.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question ? »
Je pense hélas que W. Allen a aujourd’hui égaré plus que sa question….

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
Celle que vous n’avez pas osé me poser cher Monsieur.

Présentation et entretien réalisés par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 9 février 2016.

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