Marcelle Imhauser, Itinéraire bis

Marcelle Imhauser, Itinéraire bis

Marcelle la libertaire

Celle qui, telle une « inadaptée » (du moins à ce qu’elle dit), « bat toujours la crème fraîche à la fourchette » reste l’étrangère qui, dans son écriture, feint la paresse et la mauvaise fois. Mais qu’on y prenne garde. Tout chez elle est cambriole, en chair et en osmose mais en musique douce aussi. Qu’importe la nature du terrain : « fagne, fange, morne plaine / fourbe tourbe, vaste lande » et autres « molles fondrières » : tout est bon pour une poésie aussi postmoderne que préhistorique. Là, tout commence et tout finit.
La poésie devient si en avance sur le cinéma qu’elle efface les images. La mariée nue descend l’escalier de manière inversée car acculée à l’imaginaire. L’horizon est à quelques dizaines de centimètres de soi puisqu’il est sur le ciel du lit où un bigorneau fait le gros dos. Il est médusé par celle qui le fascine : le pas de deux impose la dualité. Ainsi polarisé, le lecteur mâche une forme de « sextualité » qui a un grand dedans pour dévorer tout cru les lapins.

C’est ainsi que le jour se tisse. Et la nuit qui la suit ne s’en veut pas que le souvenir. L’amande sèche s’est faite humide pour sa truite. Se lève ainsi le chant des villes et celui des champs. La souris a une queue de cheval : henni soit qui mal y pense. Une fois la veste tombée et la robe sur le parquet, il est temps de faire un film avec flûte à bec pour Marlène Dietrich. Le jeu exclut la triche. Le public s’il était là saluerait et elle grimperait encore aux rideaux. Même si la tendresse de l’homme a éteint le volcan. Si bien qu’à la fin de la fête à deux dos, la sidérurgie et la cigarette sont des cousines germaines.

jean-paul gavard-perret

Marcelle Imhauser, 

– Itinéraire bis, Tetras Lyre, Soumagne (Belgique), 2015.
– Petite anthologie de la poésie érotique en pays de Liège, sans nom d’éditeur, 2015.

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