Nathalie Tacheau, Red Box

Nathalie Tacheau, Red Box

Nathalie Tacheau et les sacrées gamines

S’il n’existe pas a priori des accrocs dans la soierie des corps de femmes-enfants de Nathalie Tacheau, il arrive qu’un homme ou un ogre les tire par les pieds afin de malaxer l’argile de leur grotte. Bientôt il n’existera plus d’habits d’officiant(e)s ou si peu. Les orgues à prières sont remisés : surgissent d’autres impositions des mains tandis que de drôles d’oiseaux et d’oiselles gazouillent. De telles pestes, de dieu, ne redoutent pas le tonnerre. Au besoin, elles construiront pour lui un théâtre masochiste. En tout état de cause, leurs scènes « domestiques » ouvrent un univers où grotte et chapelle prennent un autre sens. Certains y descendraient bien chaque soir : mais sur la pointe des pieds, craignant que des voisins les surprennent.

Sous effet de fausse sagesse (le dessin feint de la souligner), l’urne est en flamme. Mais personne ne contraint à l’étreinte, ni ne pâtit de l’interdit. Les couples hybrides – mi-hommes, mi-animaux – s’animent tapissant leurs chairs de muqueuses : il faudrait des jours pour nettoyer les corps. Mais là n’est pas le problème. Dégrafant leur corsage, de naïves hirondelles font boire à leur galant une potion qui réveillerait les morts. Elles ne cessent de le charmer sous leur robe légère et une lumière blanche. Sans doute se couvrent-elles la nuit car la température baisse. Mais l’artiste les saisit en belles de jour. Elles n’ont pas à revêtir une peau de bête à l’exception bien sûr de celle qui se colle à la leur tandis qu’un sexe les pénètre comme une épée. Il n’ira jamais aussi loin que leur secret de femmes : les sacrées gamines sont devenues louves, dompteuses d’impossible. Que seule l’extase du vide les guérisse de la maladie du temps tandis que du passé elles déduisent le présent.

jean-paul gavard-perret

Nathalie Tacheau, Red Box, Derrière la Salle de Bains, Rouen, 2015 – 20,00 €.

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