Philippe Richelle & Steven Lejeune, Guerres secrètes – t.02 : « La boutique aux horreurs »
Soumissions chimiques
Le scénario s’appuie sur des faits authentiques et les protagonistes cités ont tous réellement existé sauf le personnage central et une jeune militante. Cependant, ils sont inspirés de personnes proches de l’affaire.
En novembre 1953, l’hôtel Statler de New York est le théâtre d’un drame. Un homme chute du treizième étage.
En Corée, en 1952, le sergent Bill Barney est blessé dans une attaque vietminh. Après la fin du conflit, il rentre au pays avec le grade de capitaine et une belle réputation de héros. Il est embauché aux archives du Pentagone, en attendant mieux. Alors qu’il est en galante compagnie, il reçoit un appel téléphonique pour participer, en grande tenue militaire, à une réception donnée par Mme Clover Dulles, l’épouse du directeur de la CIA. Il s’acquitte parfaitement de sa mission pendant que Dulles reçoit, dans un salon privé, deux sommités en biochimie, les Dr Cameron et Sargant. Ils sont recrutés, avec l’accord du Président, pour mettre en œuvre un programme de recherche dénommé MK-Ultra piloté par le Dr Gottlieb.
Bill Barney, qui a fait part à Mme Dulles de son rêve de faire carrière à la CIA va se retrouver intégré dans ce programme et plonger dans une spirale infernale…
La Guerre de Corée a débuté par l’attaque de l’armée de la Corée du Nord, équipée par les soviétiques, le 25 juin 1950. La riposte est menée par les forces onusiennes, de seize pays, menées par le général MacArthur. Elle a pris fin le 27 juillet 1953. C’est en constatant que nombre de soldats US, emprisonnés en Corée, reviennent en professant des idées communistes, que la décision est prise de mener un programme secret pour modifier et contrôler l’esprit humain par la soumission chimique.
Le scénariste dévoile tous les moyens employés par ces chercheurs pour arriver à leurs fins. Et tous les moyens ont été expérimentés, que ce soit sur le sommeil, les médicaments et drogues de toutes natures, les électrochocs… Les cobayes, bien sûr, doivent être humains.
C’est la recherche d’individus qui vont être considérés comme des sujets jetables. Les expériences vont se dérouler dans les lieux tenus secrets dans différents pays du monde. Les résultats de ces expériences, trop souvent catastrophiques pour les cobayes, amènent certains chercheurs à se remettre en cause, à vouloir dénoncer ce programme et ses conséquences humaines. Or, le moyen le plus efficace reste celui de les faire taire pour toujours.
Commencé en 1953, il ne se terminera qu’en 1973. Ce programme est dans la droite ligne de ceux menés par les nazis, les régimes communistes d’URSS, de Chine, de Corée…
Le dessin est de Steven Lejeune et la mise en couleurs est le résultat du travail de Roberto Burgazzoli Cabrera. L’illustration de couverture est l’œuvre de Paolo Grella.
Avec cet épisode de Guerres secrètes, Philippe Richelle raconte une histoire choc révélant la barbarie de certains humains, un récit éclairant dans le cadre de la Guerre froide. Un scénario effrayant mais qui, hélas, perdure toujours sous d’autres formes.
serge perraud
Philippe Richelle (scénario), Steven Lejeune (dessin) & Roberto Burgazzoli Cabrera (couleur), Guerres secrètes – t.02 : « La boutique aux horreurs », Glénat, coll. 24×32, avril 2026, 64 p. – 16,00 €.