Emmanuel Moynot, Le Pépère

Emmanuel Moynot, Le Pépère

Un dimanche matin, sur la place Saint-Michel de Bordeaux, Constant, un clochard traite de démon un vieil homme qui fouille dans des bacs de 33 tours. Il le traite de Satan, se montrant menaçant. C’est une jeune femme qui prend sa défense en criant : « Touche pas à mon pépère. » Celui-ci la remercie en regrettant que son disque soit abimé, une pièce rare.
En rentrant, il se remémore que la première fois, ce n’était pas vraiment de sa faute. Excédé par une agente immobilière qui voulait lui faire vendre la maison où son grand-père, son père avaient vécu avant lui, il avait eu un geste malheureux.
Vanessa, la jeune femme qui a pris sa défense, se drogue, se prostitue. Elle est toujours dans des situations difficiles. Elle vole, rackette avec l’aide de voyous. Aussi, quand elle débarque dans la maison de cet homme âgé qui semble bien inoffensif…

L’histoire que déploie Emmanuel Moynot s’inscrit dans un cadre assez restreint autour de la maison de Pépère, mettant en scène une poignée de personnages. Ceux-ci sont conçus avec finesse, tout à fait dans le rôle qu’ils ont à tenir. Pépère est un homme âgé, modeste, dont l’auteur dévoile le parcours d’une vie apparemment sans histoires, simple.
Vanessa est une jeune femme aux prises avec des démons de la société. Elle fait des rencontres difficiles mais veut vivre sa vie comme elle l’entend. Pour satisfaire ses besoins, elle se prostitue, vole. Quelques autres protagonistes se manifestent, pour le meilleur et pour le pire. C’est dans ce cadre glauque, dans une atmosphère délétère que Moynot installe une intrigue affûtée.

Une courte préface de Pascal Rabaté ouvre de belle manière l’album.

Avec un graphisme légèrement caricatural, avec des dessins aux traits épais, avec des couleurs sombres, Moynot livre des planches d’une belle noirceur. Lui qui aime disséquer la France profonde et les gens qui la peuplent, plonge ses lecteurs dans une fable aussi cruelle que jubilatoire, livrant un album savoureux à l’humour bien grinçant.

Emmanuel Moynot, Le Pépère, Glénat, coll. 1000 feuilles, avril 2026, 80 p. – 19,00 €.

Laisser un commentaire