Gérard Haller, Stabat infans

Gérard Haller, Stabat infans

Le Mosellan Gérard Haller a fondé en 1980 la compagnie « Théâtre en hiver » et a écrit d’abord pour le théâtre. Son premier livre, Météoriques, est paru chez Seghers en 2001. Il a publié, chez Galilée, deux récits et plusieurs livres de poésie dont « L’ange nu » (Edition Solitude, Stuttgart, 2012), et« mbo » (Harpo &, 2018).
Son Stabat infans est né de sa rencontre avec Le Garçon élu de Paul Klee – dessin « déchiré » – de 1918 qui a produit sur lui l’effet d’un petit tremblement de terre tant il le touchait au plus intime en faisant écho à cette déchirure d’origine qui semble partout se « rouvrir sous nos yeux et mettre désormais la survie même du monde en péril », écrit-il.

L’image, coupée en deux, est recomposée sens dessus dessous. En haut, l’enfant debout jongle avec des ronds de couleur au milieu d’un enchevêtrement de formes architecturales vides. En dessous, et gisant sous le ciel, jaillit un oiseau en piqué avec quelques toits surmontés de drapeaux révolus.
Entre les deux, l’espace béant de la « déchirure » ne représente rien, mais rend visible ce rien qui précède et hante aussi bien tout corps que toute image, tout langage. À ce face à face avec une image est venu en cours d’écriture se superposer un autre, ou son double, terriblement réel : la mort de Jean-Luc Nancy, dont la voix et la pensée ne cesse d’accompagner l’auteur.
Mais Stabat infans tente simplement de donner une voix à cet enfant aux yeux clos et qui pleure. Pour Haller, il est chacun de nous et nous fait voir comment se tenir au bord de l’abîme.

C’est aussi comment regarder la mort en face. De la possibilité d’un monde sans dieu où vivre-mourir devient le sacré : « Ne pas être seul, cela est divin », écrivait Nancy. Pour l’auteur, en contrepoint,
nous avons à apprendre, par une communauté sans communion, et par un face à face sans visage divin. « Cela ne nous révèle que nous, ni hommes ni dieux – et cela aussi est une joie. », écrit Gérard Haller.

Gérard Haller, Stabat infans, L’Atelier Contemporain, Strasbourg, 2026, 112 p. – 20,00 €.

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