Éric Alary, Les femmes sous l’Occupation

Éric Alary, Les femmes sous l’Occupation

En 1939, la femme française est conditionnée par une éducation sexuée et traditionnelle. C’est le patriarcat qui règne en maître. Elle est un membre d’une famille fondée par le mariage, soumis à un époux tout puissant. Elle n’a toujours pas le droit de vote. Aussi, la mobilisation, l’exode, la débâcle, la séparation d’avec un époux prisonnier ou disparu, bouscule son mode de vie. Elle se retrouve isolée, esseulée, devant assurer les charges d’une famille. Il faut sans cesse chercher à se nourrir.
La société installée par le régime de Vichy conçoit la place de la femme au foyer. Elles sont soumises, au fil des mois, à des textes restrictifs quant à leur autonomie. Des penseurs installent la Révolution nationale. Cette politique prône des idées telles que : « La société a été trop féminisée sous la IIIe République : les femmes sont donc en grande partie responsables de la défaite. Elles ont joui de trop de liberté… En outre, elles ont quitté l’Église, un cadre qui les maintenaient dans le droit chemin…« 

Si nombre de femmes subissent parce qu’elles n’ont pas les moyens de faire autrement, devant assurer seules la subsistance de la famille, trouver à manger, des femmes se détachent du carcan et font front pour s’imposer. Jusque dans les années 1990, les femmes ont été au second plan de toutes les études historiques dans le meilleur des cas, voire totalement ignorées. Depuis quelques années, des historiennes, surtout, s’attachent à leur redonner leur place, à monter leur rôle majeur.

En cinq parties, treize chapitres, une introduction et un épilogue, Éric Alary étudie la société féminine française pendant l’Occupation, débordant parfois dans les années 1930 et 1950. Il raconte la vie des femmes dans un large champ, tenant compte des milieux sociaux, des statuts, de la localisation. La situation est quelque peu différente entre le cadre urbain et rural.
L’historien s’attache à proposer des études approfondies dans les différents domaines où les femmes ont agi, ont été entraînées. Il cite nombre de personnes, raconte leur parcours, leurs actions et leurs motivations. S’il fait une belle place à celles qui se sont engagées d’une façon ou d’une autre dans la Résistance, il n’occulte pas celles qui ont collaboré. Il évoque la prostitution, les femmes qui se rapprochent de soldats allemands, les officiers qui évoluaient dans des cercles luxueux et les tentations provoquées. Ce sont les artistes habituées à un certain train de vie et qui veulent continuer à en profiter. Mais ce sont aussi les femmes au foyer, prisonnières de leurs faibles moyens financiers, pour qui la queue interminable pour la boulangerie, l’épicerie est obligatoire.

Avec cette magnifique compilation, Éric Alary brosse un portrait exhaustif de la population féminine à cette époque et redonne aux dames leur juste place.

Éric Alary, Les femmes sous l’Occupation, Éditions Perrin, mars 2026, 448 p. – 24,00 €.

Laisser un commentaire