Auto-engendrement de l’ivresse: entretien avec le photographe Eric Paratcha
La puissance du corps féminin surgit dans la dernière série d’Eric Paratcha. En de discrètes distorsions et scénographies, la silhouette d’une femme en sa chair devient le fruit qui ignore les stigmates du temps. La beauté accusée par les courbes dorsales oublie l’aspect de l’intimité au profit de la métaphore.
En ce sens, le photographe met en valeur l’ambiguïté et la contigüité que la chair entretient avec elle-même. Cette perspective nous rapproche d’artistes comme Diana Quinby et John Coplans. La magie vient ici du refus de l’exhibition ou de l’exhibitionnisme. Emerge un jeu où l’œuvre compose un « cairn » et fait de nous plus que des voyeurs : des correspondants amateur d’eau de vie.
Entretien :
Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
L’amour.
Que sont devenus vos rêves d’enfant ?
Certains ce sont réalisés, beaucoup, d’autres ce sont envolés.
A quoi avez-vous renoncé ?
Apprendre à voler justement.
D’où venez-vous ?
D’un grain de poussières au milieu de milliards de galaxies.
Qu’avez-vous reçu en dot ?
L’amour du travail bien fait.
Qu’avez-vous dû « plaquer » pour votre travail ?
Rien.
Un petit plaisir – quotidien ou non ?
Un carré de chocolat, tous les jours.
Comment définissez -vous votre travail sur le nu ?
Un hommage à toutes les femmes.
Préférez-vous le noir et blanc à la couleur ?
Le Noir et Blanc représente 80/100 de mon travail, mais lorsqu’une série le justifie, je n’hésite pas à employer la couleur.
Quelles musiques écoutez-vous ?
Essentiellement de la chanson à texte. Etant amusique, il m’est difficile de saisir toutes les subtilités de la partition.
Quel est le livre que vous aimez relire ?
« Citadelle » le livre posthume de Saint Exupéry.
Quel film vous fait pleurer ?
De rire, « le Père Noël est une ordure ».
Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ?
Mon frère jumeau, j’ai un jumeau.
A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
À ma mère, et je le regrette.
Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
Samarcande.
Quels sont les artistes dont vous vous sentez le plus proche ?
Jeanloup Sieff et en même temps, tellement loin.
Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
J’ai pour habitude d’offrir des présents à mes proches, lors de mes anniversaires.
Que défendez-vous ?
La laïcité et la liberté d’expression.
Que vous inspire la phrase de Lacan : « L’Amour c’est donner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas »?
Être aimer est plus facile que d’aimer et il faudrait être prétentieux pour prétendre bien aimer.
Enfin que pensez-vous de celle de W. Allen : « La réponse est oui mais quelle était la question? »
Il n’y a pas de réponses imbéciles.
Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
À quelle heure on mange ?
Entretien et présentation réalisés par jean-paul gavard-perret, pour lelitteraire.com, le 6 mars 2026.