L’événement (Annie Ernaux / Marianne Basler)
Confidences rétrospectives
On entend une musique peu distincte, qui pourrait être un chant, l’ahanement d’un codage ou même quelques chuchotements. On est saisi, projeté dans la situation par des paroles directes, crues, pourtant adressées. Le propos se présente comme la restitution a posteriori – plus de trente-cinq ans après – d’un journal intime : il autorise par suite des considérations rétrospectives et théoriques, adjointes aux confessions personnelles. Un relief dramatique est donné à ces confidences par l’énoncé solennel de la loi d’après le Larousse. Annie Ernaux fait une lecture politique de son état : “rattrapée par le cul”, elle est empêchée d’étudier, donc de s’émanciper de sa classe sociale par sa grossesse.
On assiste à une description clinique et cynique de l’attitude des hommes qui profitent de la situation de dépendance physique des femmes, comme ces médecins qui condamnent au lieu de soigner, comme ses amis qui abusent au lieu d’aider. Entre le fond et le devant de la scène, la comédienne varie avec force et délicatesse ses effets de jeu. Le drame est raconté par la voix (la voie ?) de l’intériorité, qui restitue tous les détails ; justement, dans cet état de suspension, les moindres éléments deviennent l’essentiel, puisque c’est l’ensemble de plusieurs devenirs qui se joue dans la solitude d’une conscience. Le passage de la féminité à la maternité, fut-elle avortée, est inscrit dans la douleur de la chair. Le texte associe la verbalisation d’impressions intérieures contrastées à des descriptions réalistes et matérialistes, ainsi qu’à des réflexions sociologiques. Marianne Basler effectue une prestation très réussie, s’achevant par la présentation de l’écriture comme l’association paradoxale d’une dissolution à une réalisation.
christophe giolito
L ’ é v é n e m e n t
d’Annie Ernaux
Mise en scène et interprétation Marianne Basler
Collaboration artistique Jean-Philippe Puymartin ; création lumière Robin Laporte ; voix et sons Célestine Asselin ; photographie affiche Mathilde Marc ; photographie plateau Pascal Gely.
Au Théâtre de l’Atelier, 1, place Charles Dullin 75018 Paris
Tél. 01 46 06 49 24 billetterie@theatre-atelier.com
Du 12 septembre au 19 octobre 2025 ; vendredi, samedi à 19h, dimanche à 15h, durée 1h10.
Production Théâtre de l’Atelier.