Jean Rouaud, Trois tableaux

Jean Rouaud, Trois tableaux

Jean Rouaud propose dans ce texte diverses explorations plastiques et biographiques. Il enquête d’abord sur l’origine du tableau, représentant Rimbaud alité, exposé au musée Rimbaud de Charleville, issu d’un peintre dont on ne trouve nulle trace. Son périple emmène dans le voisinage du jeune poète et des artistes de l’époque afin de découvrir qui se cache derrière le mystérieux Jef Rosman. « En revanche aucune trace de Jef Rosman, évanoui dans la nature sans qu’on ait trouvé rien d’autre signé de son nom, ni adresse, ni témoignage le concernant. Peintre fantôme auteur d’un tableau témoignant d’un vrai savoir-faire, on ne voit pas pourquoi ce Jef s’en serait tenu là ».
Rouaud se livre à une spéculation amusante et tragique : « il serait-il mort après avoir posé une dernière touche à son Rimbaud cocooné par la marchande de tabac, on aurait déniché des œuvres antérieures. Ce tableau n’est pas une première. Ce n’est pas le jour du drame qu’il s’est précipité chez un marchand de couleurs, brutalement inspiré, faisant l’emplette d’un nécessaire de peinture, avant de filer chez madame Pincemaille, tirer le portrait du jeune poète et une fois posée la dernière touche sur sa toile, s’écroulant victime d’un arrêt ».

Suit un deuxième tableau, Rouaud rappelle qu’on peut voir au musée d’Orsay l’un de ses tableaux les plus célèbres. Il s’intitule « Au lit », représentant une femme enfouie sous les draps dont ne dépasse que la tête. Le visage se réduit à une tache brune dont deux courbes légères à peine perceptibles figurent les yeux endormis. On dirait le linteau de toile d’un rideau de scène, précise l’auteur qui s’appuie sur une phrase : « Le monde entier est un théâtre – et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs », dit Shakespeare. Et dans ce tableau, Vuillard, intimidé peut-être, s’applique à restituer dans sa plus vibrante intimité la posture d’une telle comtesse.

Une autre œuvre reprise par Rouaud représente trois musiciens qui marchent dans un paysage enneigé. Long poème en vers libres qui met en scène un inquiétant tour de passe-passe : en même temps que la musique amplifiée nous rend sourds aux bruits du monde, le ciel se vide du chant des oiseaux. Et ce, avec la participation ironique en aparté de Robert Johnson, Bob Dylan, Rameau et du violon hérité du grand-père.
Dans un dernier texte, l’auteur s’intéresse au film de Ryusuke Hamaguchi :« Le mal n’existe pas qui, sous couvert d’une fable écologique, conduit à s’interroger sur l’épuisement d’un genre qu’on appelait il n’y a pas si longtemps le cinéma.

Autour ces trois tableaux et ce film, de tels textes sont un ravissement de la virtuosité et de l’intelligence de l’auteur.

Jean Rouaud, Trois tableaux, Gallimard, coll. Blanche, 2025 – 19,00 €.

Laisser un commentaire